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 Rugissement convivial

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Mérope&Ézéchiel
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Date d'inscription : 10/11/2010

MessageSujet: Rugissement convivial   Jeu 6 Juin - 15:35

« Ombre rouge, bête infâme;
Tu y perdras ton âme. »



Nom  : Adam (prince).
Surnom : Dit la Bête.
Titre  : Ombre rouge.
Âge : Vingt-cinq ans.
Camp :  Errant.
Monde d'Origine : Château de la Bête.
Race  : Humain calomnié.
Grade désiré : Ad astra.


    P h y s i q u e & C a r a c t è r e

Une créature hideuse. Un animal abominable… Son visage est celui de la bête.

Il a les cornes d’un buffle. Il fonce la tête baissé, ne regarde plus où il va. Il ne regarde plus, tout simplement parce qu’il ne sait plus où aller. Il est égaré, perdu dans des conflits qu’il ne maîtrise pas et égaré dans un monde qu’il ne connaît plus. Il charge donc, les épaules baissées, la tête bien basse, sans plus jamais prendre le temps de contempler l’horizon.
Et plus il charge, plus il s’enfonce, plus il s’engouffre; plus il se sent comme s’il était en train de perdre le contrôle et de ne vivre que sur des coups de tête. S’il perd le contrôle, c’est parce qu’il n’est plus stable, que plus jamais il ne se sédentarise. Il a l’impression qu’il n’est plus rattaché à rien, que plus aucune chaîne ne lient ses poignets. Il est libre, mais à un triste prix.
Alors, il continue de charger sur des impulsions, des élans de colère, d’espérance, de désespoir. Il charge quand rien ne va plus, quand tout lui échappe. Il charge lorsqu’il sent qu’il perd le contrôle, ou même quand on tente de le contrôler. Il charge, il fonce, il court… Et finit toujours par s’écrouler.

Car sa queue est celle d’un loup, du plus solitaire des loups. Il aura beau avoir l’air imposant et impassible, mais derrière ses yeux vitreux, parfois nuancés de colère, se cache une grande tristesse causée par la solitude.
Il est seul… physiquement. On lui a volé son château, on lui a volé ses terres, son land, son havre de paix. Il erre maintenant entre les mondes, sans un lieu sur lequel se reposer. Il rencontre pourtant des centaines d’individus sur son chemin chaque jour, mais il se morfond à travers la foule et les gens. Il se sent tellement différent qu’il se sent seul, car personne ne lui ressemble.
Il est seul… mentalement. Il a perdu Belle, la seule personne qui lui évitait de sombrer. À ses côtés, il a pu ressentir les bribes d’un premier véritable amour et des sentiments qu’il ne connaissait plus. Quand il était près d’elle, sa colère prenait des tournures de sérénité et sa déploration des allures allègres. Elle perturbait son quotidien, mais le perturbait de la plus agréable des façons.  
Et sans elle, il est maintenant seul. Elle était la dernière bouée de sauvetage qui prévenait sa noyade. Maintenant qu’elle est partie, abandonnée quelque part au fond de cachots ou peut-être même occise par la Coalition, il se noie.

Il se noie. Il se noie dans des habitudes qui le rendent de plus en plus primitif. L’homme qu’il était s’égare dans une régression. Il perd son humanité, retourne à un stade sous-développé. Les arcades qui encadrent le haut de son regard, typiques des gorilles de la Jungle profonde, symbolisent ce recul, cet accablant recul.
La malédiction qui le leste le dévaste aussi un peu à chaque jour. Elle ravage les vestiges de son bon sens, les ruines de sa sérénité. Plus le temps s’écoule, plus il perd le contrôle de sa propre personne et de ses sentiments. Plus il est loin de Belle, plus il retourne à cet état primitif de sous-humain…
Car les secondes qui meurent le tuent à petits feux; ainsi elles tuent l’humanité en lui. Peu à peu, ses instincts bestiaux luttent contre sa conscience et triomphent graduellement. Il devient une créature de pulsions, sans sentiments et sans raison. Il commence à chasser pour se nourrir, perd ses mots, sa voix, ses sens… Il ne considère plus les vêtements, ne porte qu'une fine cape violette… Il devient animal, en arrêtant d’être humain.
Mais, au fond de lui, la passion scintille toujours. Comme une lueur dans les ténèbres qui le ramène à la réalité même lorsque ses instincts dominent. C’est la vaillance.

C’est la vaillance, puisque sa crinière est digne de celle d’un lion, tout comme sa mâchoire et ses crocs le sont. Si son destin est incertain, si son humeur titube sans cesse, une chose est inchangée : sa volonté. Il a affronté les membres de la Coalition en personne pour retrouver l’autre partie de son âme, combattu contre les démons les plus horribles, négocié avec les êtres les plus ignares… Il a tout fait par volonté.
Et rarement obéit-il. Il vit selon ses principes, ses préceptes, ses convictions. La volonté des autres n’est qu’une futilité à ses yeux. Il est égocentrique, égoïste, individualiste, indifférent face aux maux d’autrui, mais il est orgueilleux Ne lui demandez donc pas d’aller sauver la veuve et l’orphelin au sommet d’une montagne, il ne le fera pas; mais dites-lui plutôt que personne n’y est arrivé jusqu’à présent ou, mieux, que tout le monde peut le faire sans problème. Alors, il grimpera le versant sans hésiter, par orgueil.
Mais ce n’est pas parce qu’il est vaillant qu’il n’a pas froid aux yeux, que rien ne le perturbe, que rien ne le fait frémir. Il a peur de plusieurs choses, mais cachent tous ses soubresauts d’effroi derrière l’impassibilité qui lui sert de visage. Il a peur de ne plus jamais la retrouver, peur de ne jamais redevenir l’homme qu’il était naguère, peur qu’on s’approprie son palais encore durant des lunes, peur de mourir, même… Il a peur. Ce n’est pas parce qu’il est une bête qu’il n’est jamais effrayé.
Oui, même le lion n’est pas imperturbable. S’il est le roi de la jungle, il n’est pas le plus grand. Car le lion a peur de l’Homme, comme l’Homme a peur du lion.

Toutes les peurs qui habitent les tréfonds de son âme le tiennent à l’affût en tout temps. Il se tient continuellement sur ses grades, ne fait plus confiance à personne, au temps, à la vie. Il ne sait plus utiliser les mots, il ne sait plus enligner les syllabes pour discourir. Alors, il n’est plus jamais pacifique, ni conciliant. Il charge dans le feu de l’action, dans le gouffre des combats. Il durcit son regard, devient imperturbable et attaque… Il gonfle son buste, son buste d’ours; il tend les bras, ses bras d’ours.
Il n’aurait pourtant qu’à lever le menton pour effrayer ses plus faibles ennemis, mais il ne s’y contente jamais. Il éprouve… une extase certaine à extérioriser son courroux, à sentir des os se briser, à déchirer la chair, à enfoncer ses poings dans le creux des côtés de ses antagonistes. C’est de la diplomatie d’action, de la négociation détournée : la violence règle tout, semble-t-il…
Il est un ours. Le mâle alpha parmi la tribu. Il est grand, grandiose, grandissant, gigantesque. Il provoque, il encaisse les coups, il ne bouge pas, il reste stoïque et calme comme s’il ne ressentait aucune douleur. Il tolère la souffrance et, lorsqu’il juge le moment opportun, il se défend par la force. La force brute des ours. Celle même qui dessine un sourire presque carnassier sur son visage…
Mais il est triste. Le temps lui inculque la rancœur et les remords. Il regrette alors sa violence. Il regrette alors sa lâcheté. Il regrette alors d’être encore en vie.

Sa vie n’est plus ce qu’elle était. Elle ne le sera probablement jamais plus. Alors, en contemplant sa situation, il redevient, durant l’espace d’un instant, l’interstice d’un moment… humain, avec le reste d’humanité qui le retient dans la voie de la raison.  
Il n’est alors plus le buffle qui charge sans même chanceler : il attend un moment, pense, devient nostalgique. Il n’est alors plus le loup solitaire : sa solitude est pire que cela. Il n’est alors plus un gorille foncièrement primitif : il se pose, réfléchit, pense au cours de son existence. Il n’est alors plus le lion, plein de vaillance et d’hardiesse : il est effrayé, parce qu’il ne sait pas. Il n’est alors même plus l’ours qui attaque sans cesse… Il devient l’homme attaqué, assailli par les circonstances.
Il devient humain. Car au fond, c’est ce qu’il est.

Une créature hideuse. Un animal abominable… Son visage n’est pas celui de la bête.

Car son visage est celui d’un homme. Un homme bêtement calomnié.

    H i s t o i r e & B i o g r a p h i e

Lorsque vous êtes né, Adam, je me souviens que tous attendaient déjà votre arrivée. Vos parents vous regardaient comme si vous étiez le plus beau des joyaux et même le peuple vous admirait déjà, espérant le futur souverain que vous seriez.
Vous étiez attendu, et je dois dire que même moi je ne fus pas moins mécontent de vous voir pour la première fois. J’ai pu vous bercer toute votre enfance et, croyez-moi, je voyais dans vos yeux la graine d’un monarque fabuleux. Nous entrevoyions tous un destin glorieux pour vous, mais moi, je voyais encore plus. À mes yeux, vous apparaissiez comme le sauveur, un prophète de bonheur et d’allégresse qui allait pouvoir régler les tares de la société.
Oui, mon Prince… J’avais beaucoup d’attentes envers vous, mais je ne vous ai jamais mis la pression, je crois. Cependant, ce ne fut pas le cas de votre famille, je dois dire…

Car vous étiez le futur dauphin de la contrée, vous avez été bercé dans un landau d’or. On vous offrait tout ce que vous vouliez, du simple jouet à la plus grande des armées. Vous n’aviez qu’à lever le petit doigt pour qu’une dizaine de majordomes accourent à vos pieds pour répondre au moindre de vos besoins. Je faisais partie de ces valets qui, toujours loyaux envers vous, n’attendaient que le plus subtil de vos hurlements pour venir vous assister.
Les premières années de votre vie se déroulèrent ainsi sur cette voie. Je dois cependant vous avouer que l’engouement autour de votre naissance et de votre futur s’est rapidement calmé. Loin de moi l’idée de vous offenser, mon Prince, mais fut un temps où vous abusiez du système et de votre place au sein de la noblesse… Une trop grande facilité à avoir tout ce que vous vouliez a fait de vous un être jamais satisfait, toujours un peu plus capricieux.
Promptement, les gouverneurs du château ont commencé à se désintéresser de votre sujet et à agir par obligation plutôt que par volonté. Je comprends que vous aviez beaucoup de pression et qu’on avait des attentes prodigieuses envers vous… Je comprends aussi que vous deviez être anxieux pour votre destin et que vous combliez vos manques dans les plaisirs matériels, mais… Des balbutiements de dégoût ont commencé à se former envers vous, que ce soit à travers le peuple comme dans le palais même…
Je ne faisais pas partie de ceux-là, car je vous étais et je vous suis toujours fidèle. J’éprouvais un grand plaisir à répondre au moindre de vos besoins, mais ce ne fut pas un cas unanime, et loin de là.

Ce n’est uniquement lorsque vos parents décédèrent que vous êtes devenu… tristement exigeant. Enfin, je dis « décéder », mais nous savons tous les deux qu’ils ne sont pas morts d’une cause naturelle. Un des conseillers de votre père désirait un peu trop de pouvoir un peu trop rapidement, et… Vous connaissez la suite. J’en suis fortement navrée, Adam.
Et ainsi, quand ils partirent vers d’autres cieux, vous êtes devenu, sans vouloir vous vexer ou atteindre votre intégrité, une créature… abjecte. Et non, je ne pèserai pas mes mots puisqu’abjecte me semble le terme le plus approprié. Car oui, vous êtes devenu capricieux, odieux, égocentrique, hautain… Vous êtes devenu un prince égoïste qui n’écoutait que le creux de ses pensées et qui raillait de la pauvreté du peuple. Vous n’écoutiez plus les gémissements populaires et contentiez d’agrandir votre salle du trésor pour réconforter votre orgueil. À ce moment, j’ai même perdu confiance en votre bonté, je dois l’avouer.

Comme les autres, je vous considérais alors comme un tyran désagréable qui ne pensait qu’à lui, comme un faux souverain qui profitait de sa gloire et de sa prospérité aux dépens de l’agrément de la populace, comme un être ignoble qui n’avait d’yeux que pour sa propre personne…
Je regrettais la personne que vous étiez à votre naissance, ce bambin encoure insouciant qui n’avait aucun once de méchanceté derrière les yeux. Je la regrette encore.

Vous aviez onze ans quand les choses se compliquèrent, comme si elles n’étaient pas assez difficiles comme elles étaient. Quelqu’un toqua à la porte de votre château, et comme votre régent dormait déjà à poings fermés, vous avez décidé de vous y rendre par vous-mêmes. Vous avez traversé tout le château, nonchalant, déjà déplu par la présence d’un individu au devant des portes. Vous avez ouvert tout de même et vous l’avez vue, elle, celle qui changea le cours de votre existence.
Il s’agissait d’une mendiante qui – ne le cachons pas – était hideuse. Des rides s’incrustaient dans son visage comme des tranchées sur le champ de bataille, son rictus était édenté et pourri par les mauvais jours, même ses yeux étaient injectés d’un sang noir. Son dos était rond, arqué, ses bras désarticulés… Et elle implorait votre aide. Elle vous vendait une simple rose en échange d’une ridicule fraction de votre richesse. Vous avez refusé, catégoriquement, drastiquement et avec une telle méchanceté en la chassant hors de votre château. Elle se recroquevilla un peu plus, engouffra son visage dans le creux de ses mains. Elle pleura à chaudes larmes de longues secondes…

Alors que vous fermiez les portes, une lumière comme divine vint éclairer la mendiante qui, dans un nuage de fumée et d’artifices, prit alors la forme de la dame la plus belle que vous n’ayez jamais vu. Vous avez alors regretté votre geste, mais c’était déjà trop tard. Votre égocentrisme vous punit, et les cieux vous châtièrent.
Cette femme, aussi magnifique que n’importe quel paysage, était une enchanteresse qui, dégoûtée par votre attitude exécrable, avait décidé de vous tester… avant de vous supplicier pour le reste de vos jours. D’un coup de baguette et d’une série d’enchantements, une malédiction vous chargea les épaules.
Vous êtes devenu la bête que vous étiez, mon Prince. Votre disgrâce intérieure s’est dessinée dans tous vos traits, dans votre visage, dans votre stature, dans votre posture… Vous n’étiez alors plus le monarque élégant et remarquable que vous étiez : vous êtes devenu un animal. Un animal, à l’image de ce que vous étiez. Un animal, et vous resteriez ainsi si vous n’appreniez pas à aimer quelqu’un d’autre vous et à être aimé, non pas pour votre apparence, ni pour votre fortune, mais pour ce que vous êtes.
Je suis désolée, Adam, désolée d’être aussi drastique dans l’allure de mes mots. Mais je n’ai pas le choix, je dois vous ramener à la réalité.

Honteux, humilié, vous n’avez plus quitté votre château, aussi affecté par la malédiction de l’enchanteresse, durant près d’une décennie. Vous saviez pertinemment que votre temps était compté, que, si dix ans s’écoulaient, vous seriez à jamais pris dans cette allure bestiale. Mais vous n’avez rien fait, car vous étiez trop amoindri, dévasté, désarmé. Même la population, fourches et torches à la main, voulaient mettre fin à vos tristes jours.
Pour la première fois depuis toujours, vous étiez impuissant. Je fus accablé pour vous.

Et alors que la décennie s’approchait trop promptement et que vous vous sentiez déjà condamné, un vieillard foula votre territoire, votre contrée, votre repère. Furieux, vous avez accouru à ses côtés et l’avez enfermé dans l’une des tours de votre palais. Vous aviez prévu le dévorer, le torturer, le détruire à petits feux. Vous aviez prévu faire subir à cet innocent toute la colère que vous ressentiez… Vous n’étiez plus humain – ce temps était révolu –, vous étiez alors la bête.
Vous n’aviez plus d’espoir, ni d’espérance, ni même de volonté. Vous deveniez un monstre, dépeçant pour se nourrir et chassant tous les intrus de votre territoire, sauf à une seule reprise. Vous avez dérogé de cette règle une unique fois et, mon Prince, ce fut la décision la plus fortunée que vous ayez fait.
Elle s’appelait Belle, la tendre fille du vieillard. Elle était un coucher de soleil incessant, le panorama le plus magnifique, les saveurs les plus exquises, les odeurs exotiques les plus agréables. Elle était tout, mais vous n’étiez rien. Alors, vous avez suivi vos instincts bestiaux et avez échangé la liberté du vieillard contre celle de la fille.

Personne ne s’y attendait. Même le destin n’en aurait pas douté une seconde : cette femme que vous enfermiez, cette femme que vous encloîtriez dans votre château et que vous tourmentiez comme bon vous semblait, devint différente de tous les autres humains. Peu à peu, vous vous perdiez dans ses yeux, dans ses beautés, dans ses élégances. Vous passiez des journées à l’admirer et, comme un antidote à votre malédiction, elle vous rendait… humain. Entre vous deux, la distance devint proximité. Le malaise devint désir. Le désespoir devint espérance…
Rien ne s’éternisa. Contre toute attente, on vous engouffra encore plus dans l’humiliation et dans la déploration; on vous enfonça plus profondément dans la colère et la tristesse. Alors que vous considériez les mots amour et passion, les ténèbres prirent d’assaut votre château et votre quiétude, emportant vos servants, vos murs, votre Belle.

Je ne croyais plus à la paix, plus au retour au calme. Plus personne n’y croyait. Plus personne ne pensait que la lumière allait un jour reprendre son trône quelque part dans les cieux. C’était sans espoir, déjà peine perdue, déjà la fin… Seul vous, aux côtés d’un jeune homme qui croyait toujours, n’avez pas capitulé alors tout l’univers était contre vos fins. Pendant longtemps, vous vous êtes battu, avez affronté les créatures les plus horribles, avez détruit des êtres avides de pouvoir et cupides de domination… On a même tenté de reprendre votre Belle, mais vous avez refusé. Vous avez refusé de laisser triompher les maux.
Et vous avez gagné, triomphé contre tous ceux qui n'espéraient plus, contre tous ceux qui détruisaient l'espoir. Vous avez retrouvé votre château, vos biens, votre amour. Vous avez retrouvé la passion, les bribes du bonheur, la légèreté. Mais, par-dessus tout, vous avez retrouvé Belle, et c’est tout ce qui importait à vos yeux.

Et alors que vous dansiez toujours, vos mains incrustées dans ses hanches, le temps parut s’arrêter un moment. Non… Il ne sembla pas s’arrêter : il cessa véritablement. C’était comme si les cieux avaient décidé de consolider votre amour.
Mais c’était déjà trop tard. Au même moment, alors que des flammes dorées tournoyaient autour de vos corps et que vous aviez l'impression retrouver votre corps d'origine, le dernier pétale de la rose de la mendiante déferla tranquillement sur le sol, ne laissant qu’une tige rongée par les âges. Soudainement, vos cheveux d'or furent de nouveau dépassés par une fourrure grasse et épaisse; votre regard princier prit encore une fois l'apparence d'une bête.
Et soudainement, vous n’étiez plus heureux, vous n’étiez plus… vivant. Une colère rouge s’empara de votre âme, de votre esprit. Vous étiez maudit, maudit jusqu’à la fin des temps.

Vous êtes resté bien trop longtemps dans l’inconfort de votre chambre. Belle, chaque jour, attendait de l’autre côté de la porte, vous murmurant de la rejoindre, en disant que vous alliez bien vous en sortir un jour. Vous ne l’écoutiez pas, car vous aviez failli… Vous avez failli à la seule mission que vous aviez. Vous n’étiez plus rien. Vous demeureriez une bête jusqu’au dénouement de l’éternité, jusqu’à la fin des mondes.
Et, tous les jours, vous vous regardiez dans le miroir avec dégoût, avec répulsion, avec haine. Vous regrettiez encore plus votre corps, votre passé, mais… maintenant, vous aviez Belle. Vous aviez Belle, mon Prince, et c’était le plus inestimable des présents de la vie.
C’est alors que vous vous êtes rendu compte que vos allures n’étaient que futiles. Car Belle vous aimait, tout autant que vous l’aimiez, pour tout ce que vous étiez, et non pas pour ce que vous avez un jour été.
Ce fut là le constat qui changea le cours de votre existence.

Vous avez passé les mois suivants dans votre château à ses côtés. Contrairement à la rose de la mendiante, votre passion ne se flétrit jamais. Il n’y avait que vous, elle, et vous deux. Le reste était éphémère, le reste était illusoire. Pourtant…

La population ne s’était toujours pas remise de son passé. On vous haïssait tant et on détestait à un tel point la bête que vous étiez devenu que des balbutiements d’une révolution se dessinèrent sur les lèvres des gens. Peu à peu, le village se regroupa, ne formant qu’une seule masse voulant mettre fin à vos jours heureux. « Tuons la bête », qu’il scandait dans les ruelles, torches enflammées à la main, désir d’insurrection dans l’autre. Vous aviez beau démontré une force physique impressionnante, vous ne pouviez faire face à toute la populace… Vous étiez impuissant, encore et encore.
Et il y avait Gaston, celui qui vous effarouchait. Je sais que vous faisiez mine de ne pas avoir peur, mais derrière vos yeux se cachaient des inquiétudes inégalables. Il était le chasseur le plus redoutable de toute la contrée, et vous étiez le gibier le plus convoité des environs. Pendant l’espace d’un instant, vous cessiez d’être le terrible prédateur pour devenir une simple proie.
Ce fut le père de votre Belle qui, au sein même du village, put désinformer la population et qui put vous octroyer quelques fiers renseignements pour mettre un terme à cette révolte, mais ce n’était pas assez. Car derrière l’insurrection, il n’y avait pas que Gaston; il y avait plus… Il y avait les ténèbres en personne, la cruauté en chair et en os.

Et ces ténèbres, unifiées sous le nom de la Coalition noire, s’emparèrent une fois de plus de vos quartiers. Elles vous prirent par surprise de nouveau et, vous connaissez le dénouement… On vous extirpa de votre demeure, sans Belle. On vous obligea à capituler et à abandonner l’autre partie de votre cœur. Vous vous êtes battu, vous avez combattu corps et âmes pour la retrouver, mais ce n’était pas assez.
Dans un élan d’espoir, vous avez parcouru les mondes à la recherche d’un repère et un peu de puissance, et vous avez atterri dans le Centurio, où on vous a initié au mode de vie mercenaire. Vous n’êtes resté là qu’un moment, le temps de vous entraîner, de muter votre colère en invincibilité, votre tristesse en domination.
Et lorsque vous avez senti que le moment était opportun et que la distance entre votre cœur et le sien devenait insupportable, vous avez foncé et avez pris d’assaut votre propre demeure. Sur le champ de bataille, sur les vestiges de votre demeure même, on vous a presque tué. On a presque lacéré votre cadavre. Mais vous n’aviez pas dit votre dernier mot.
Car l’amour est éternel, votre volonté l’était aussi.

Néanmoins, vous savez, le dénouement fut bien loin d'être aussi merveilleux que prévu. J’avoue hésiter à raconter la suite des choses, mon Prince, car je ne pourrai raconter faussement une épopée glorieuse alors que vous avez sombré dans une obscure défaite. Je ne veux pas remuer d’anciens souvenirs, d’anciennes plaies, mais le temps est venu de confronter ce que vous êtes, mais surtout ce que vous avez été.
Enfin... Belle, alors que vous n'étiez qu'à quelques pas du but, n'était plus là à vous attendre. Elle était partie, partie quelque part, loin de vous, morte, vous n’en saviez rien. Elle n’était plus là. Plus dans les parages. Plus autour de vos. Plus jamais dans le creux de vos bras.
À cet instant bien précis, alors que vous quittiez les mercenaires, énervé, déprimé et accablé par des adieux qui n’eurent jamais lieu, vous avez réellement douté. Vous avez douté de votre amour, de la réciprocité de votre relation. Vous avez douté de votre histoire, de la sienne, de la vôtre. Vous avez même douté de vous. Et vous avez fui, détalé comme un lâche, quelque part, loin d’elle, mort, vous n’en saviez rien.

Lorsque vous êtes parti, mon Prince, plus personne n’appréhendait votre départ. Vous êtes parti sans causer de tort, de pleurs, de rires chagrinés. Vous êtes parti sans qu’on vous retienne, sans qu’on vous quémande un dernier regard, sans essuyer des larmes, sans transformer des sourires, rien. Vous êtes parti dans le plus sombre anonymat, laissé à vous-même.

Et, alors que vous vous enfonciez dans l'oubli et que personne ne vous retenait, l'humanité qui scintillait au fond de votre âme s'éteignit tranquillement. Plus que jamais, vos instincts primitifs prirent le dessus. Dès lors, vous étiez la bête, sans son humanité. La bête, sans sa pitié. La bête, sans même l'espoir.
Dès lors, vous étiez la bête; la bête, sans la belle.

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