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 L'amour (con)damne les âmes.

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Mérope&Ézéchiel
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MessageSujet: L'amour (con)damne les âmes.    Mar 12 Avr - 17:00

__L'amour (con)damne les âmes.__

L'amour devrait être beau. L'amour devrait être fort. L'amour devrait être grand. Mais par-dessus tout, l'amour devrait être éternel. S'aimer pour l'éternité, jusqu'à l'infini, de la vie à la mort... L'amour éternel a-t-il uniquement ses bons côtés? Au-delà de tout, c'est la voie vers un bonheur immortel et imperturbable. C'est aussi une confiance aveugle mais agréable, une complicité à faire jalouser tous, même les moins voyeurs. Pour ceux qui ont connu le réel amour, l'amour éternel est un gage de fidélité et de joie de vivre... Néanmoins, d'un autre côté, l'amour éternel engendre inexorablement la tristesse, le désespoir et le sacrifice... Et malencontreusement, cela signifie aussi de devoir faire ses ultimes adieux lorsque la Vie en aura décidé ainsi. Pour tous, les adieux sont les moments les plus difficiles, les plus ravageurs... et particulièrement pour ceux qui n'ont pas eu la chance de pouvoir vivre des au revoir heureux et mémorables... Le pauvre Arthème Gatien, villageois du Domaine Enchanté, faisait partie de ceux-là...

La Bête se sentait particulièrement affectée par cette mission, non seulement parce qu'elle connaissait la situation, mais aussi parce qu'elle a dû le vivre... Le départ inopiné de Belle avait engendré chez le mercenaire une dépression presque inégalable, en plus de devoir vivre avec le fait qu'il n'avait rien pu faire pour éviter tout cela. La Bête s'en voulait continuellement : elle s'en voulait de ne pas avoir pu observer les signes alarmistes; elle s'en voulait de ne pas avoir fait assez preuve de courage et de discernement lors de l'invasion; elle s'en voulait de ne pas avoir sauvé sa douce, sa bien-aimée, son espoir... Mais à présent, même si elle faisait souvent face à cette réalité, la Bête devait se remettre sur pieds et éviter de réfléchir sur ce qui l'a forgée, mais plutôt sur ce qui forgera son Destin. Des mercenaires avaient déjà été envoyés à son ancien palais pour sauver Belle, et la Bête attendait le signal avant de s'élancer à son tour dans la gueule de la Coalition... Ce moment attendu et espéré allait bientôt arriver : elle en était certaine.

Quoi qu'il en soit, la Bête était déjà sur la route des Enfers, là où errait l'âme de la femme d'Arthème Gatien, une dénommée Symphorose. Selon les informations reçues par le client, cette demoiselle était reconnue partout à travers le Domaine Enchanté pour sa voix presque mélodieuse et envoûtante. Mais malheureusement, elle était également illustre pour ses sautes d'humeur. Atteinte du trouble bipolaire, on ne pouvait jamais réellement savoir quand elle allait passer d'heureuse à colérique, de chagrinée à soulagée. Son mari, malgré toutes les crises qu'il a pues observer au cours de son mariage, n'avait jamais cesser d'être tolérant et patient, en espérant qu'un bon jour ses prières se concrétisent. Il l'aimait plus qu'il y avait de sans-cœurs dans la Fin du Monde... Il l'aimait de tout son corps, de son âme, de son esprit et de son cœur, mais malheureusement, ce conte de fées s'était bien mal terminée... Une querelle remarquablement violente, des injures lancées de tous les côtés et un trépas complètement imprévisible. Elle décéda pendant son sommeil - heureusement - et Arthème ne put lui faire ses adieux... Le devoir de la Bête était de rapporter le fantôme de Symphorose sur la terre ferme, afin de permettre à un mari désespéré de pouvoir admirer une dernière fois la femme qui a embrasé son cœur, celle qui a su le rendre comblé toutes ces années...

Songeant, la Bête arriva finalement au seuil des Enfers. Elle y était déjà venue dans le passé, mais cela remontait déjà à plusieurs mois, et ses souvenirs étaient plus que flous. Elle se souvenait néanmoins qu'il y avait une gamme d'épreuves et de difficultés à affronter pour pouvoir atteindre la Salle du Jugement, là où Symphorose attendait probablement son ultime jugement. S'avançant aléatoirement vers un horizon qui lui était à demi-inconnu, la Bête pénétra finalement dans le paradis du Diable. Comme dans ses mémoires, tout était enflammé, tout était sombre, tout était lugubre et tout semblait désespéré. Cette fois-ci, elle ne porta pas réellement attention au panorama, se dirigeant plutôt vers un groupe d'âmes errantes qui semblaient discuter un peu plus loin. Ils étaient deux et parlaient d'une voix grasse et désagréable.

« Je suis navré de vous déranger, demanda nerveusement la Bête, comme si elle était effrayée par les deux hommes damnés, mais serait-il possible de m'indiquer le chemin vers la fameuse Salle du Jugement? Je... j'espère... Non, en fait... Je suis en mission. Hadès lui-même m'a demandé de venir ici. Dans la Salle du Jugement. Mais je crois qu'il a oublié de... Les mensonges de la Bête devenaient de moins en moins crédibles, mais elle continua d'en rajouter : Hadès m'a vu en action au Colisée, et... il a demandé à me voir pour... lui servir de garde-du-corps? Ouais, c'est ça... exactement ça. Tout à fait. Un garde-du-corps. »
« Un garde-du-corps? Pour Hadès? L'un du duo avait pris la parole. Il était immense, blême comme tout. Et vous croyez que je vais avaler cette stupidité? Hadès n'a pas besoin d'un... d'une telle créature pour se protéger. Il a déjà son... chien à trois têtes pour empêcher les plus téméraires de s'aventurer vers son antre... Par Styx, les gens qui viennent ici sont de plus en plus stupides, soupira-t-il en retenant un rire grossier. Le dernier, si j'me rappelle bien, avait des cheveux roses et il hurlait en lançant du feu... Quel détraqué! »
« Et là, on se retrouve avec une p'tite bête de poil. Et puis quoi encore? Un dompteur d'ours et un cracheur de feu? Quand j'étais vivant, j'payais moi pour aller regarder des acrobates et des prestidigitateurs au cirque! J'aurais dû mourir bien plus rapidement, j'aurais pu sauver des économiques! Il poussa un ricanement pour le moins insultant, et continua comme si de rien était. Tu veux la Salle du Jugement? Juste parce que t'as l'air doux, j'ai envie de te dire c'est où... Ah non en fait, j'ai pas envie... »

La tolérance de la Bête avait ses limites, basses certes, mais le duo spectral les avait déjà atteintes. Elle sentait déjà la furie prendre possession de son cœur et le sol semblait vibrer sous ses pieds. Ses poings se refermaient de colère, ses yeux s'enflammaient de courroux et son pelage se hérissait presque sur sa peau. Ne pouvant contenir toute cette fureur à l'intérieur d'elle, la Bête grogna et voulut empoigner le col des deux hommes, mais sa surprise fut telle quand elle remarqua que ses mains fendirent l'éther sans ne jamais entrer en contact avec une masse solide. Des fantômes, elle aurait dû s'en douter... ses deux interlocuteurs, décédés depuis des lustres, n'étaient que de simples âmes maraudeuses. Pour faire mine de rien et essayer d'adoucir la situation, la Bête poussa un rire grave et anxieux avant de poursuivre calmement :

« Je tiens... je tiens à m'excuser pour cet élan de colère. Je ne voulais surtout pas vous offusquer. En fait, je voulais simplement voir ce qu'on disait sur vous était vrai... Et je peux à présent le confirmer... Donc, vous êtes certains de ne pas pouvoir m'aider... J'en ai réellement besoin! C'est une question de vie... ou de mort. Je vous en supplie », implora la Bête, surprise elle-même de cette poussée de gentillesse et de tendresse.
« Je crois qu'on a assez fait languir la boule de poil... T'en penses quoi Abel, on devrait l'aider ou pas? Les deux hommes se consultèrent du regard et il reprit la parole : Bon, parce que tu sembles vraiment désespéré, j'crois bien qu'on va t'aider. Mais à une seule et unique condition. Ça fait déjà des mois que j'ai pas vu un être vivant, et j'aime bien voir le talent de ceux qui ont encore le souffle de la vie à l'intérieur d'eux. Tu vois le mec là-bas? C'est Rustique, un surveillant. C'est un... demi-mort je crois. Il peut toucher les spectres comme les vivants. Et ça fait des mois et des mois qu'il nous épie du regard. »
« Je crois que je sais où tu veux en venir, Virgile, supposa Abel. Donc, ça fait des mois et des mois qu'il n'arrête pas de nous reporter à ses supérieurs... On est constamment envoyé dans l'fond des Enfers pour faire tout le sale boulot de maintenance. Il se mit à parler à voix-basse, comme pour éviter d'être entendu par qui que ce soit. Si tu réussis à l'faire partir de là, on te dira avec plaisir où se trouve la Salle du Jugement, et comment y accéder. J'vois que t'as une bonne carrure, toi. Alors, tu risques de ne pas trop être meurtri... Parce que selon c'que j'ai entendu, Rustique a déjà réussi à tuer un mort... Ouais, tuer un mort. »
« Enfin un peu d'action... Je n'attendais que ça! De toute façon, sachez que j'en ai vu des bien plus gros que lui avant de venir ici. Alors, c'est pas un p'tit demi-mort qui va parvenir à m'arrêter, croyez-moi. On se revoit bientôt, les gars, divulgua trop amicalement la Bête. Puis, son ton prit une teinte d'insolence : Prenez même pas la peine de me souhaiter bonne chance, car elle ne me sert à rien, tout simplement.

D'un signe de la main, Virgile et Abel saluèrent la Bête. Cette dernière, sans ne plus attendre une seconde de plus, accourut presque trop joyeusement vers Rustique, qui se tenait le menton bien haut, démontrant une certaine fierté et une trop grande assurance. La Bête chemina donc ainsi jusqu'au surveillant. Elle voulut annoncer son arrivée, mais crut qu'il était préférable de faire le tout en silence. Prenant un dernier souffle et observant le paysage enflammé qui se dressait autour d'elle, la Bête se décida finalement à foncer. Elle se mit donc à courir de plus en plus vite, jusqu'à atteindre une certaine vitesse. Sa course se termina ultimement dans le corps de Rustique, qui fut propulsé contre son gré à plusieurs mètres dans les airs.

Avant même que le surveillant ne puisse se remettre sur pieds et prendre en compte le danger imminent, la Bête s'agenouilla et frappa brusquement le sol. Des fissures et des crevasses se créèrent dans le sol en direction du demi-mort, qui esquiva l'offensive de justesse. La Bête répéta l'action à deux autres reprises, mais Rustique paraissait très expérimenté et évita avec un tel brio toutes les fissures. Voulant riposter, le surveillant entama à son tour un assaut. Alors que la Bête aurait cru qu'il aurait utilisé une force magie, le demi-mort décida plutôt d'employer la puissance brute. Il bondit très haut dans les airs, disparut dans un nuage de fumée et réapparut un peu plus loin derrière la Bête. Celle-ci n'eut point le temps de réagir qu'elle se trouvait déjà face au sol, le pied de Rustique sur sa nuque... Mais la bataille n'était pas achevée.

Pleine d'espoir, la Bête empoigna le pied de Rustique et tira de toutes ses forces. Le surveillant perdit l'équilibre et termina sa chute sur le dos entre deux ruisseaux de lave. Au loin, Abel et Virgile regardaient avec passion le combat, comme s'ils avaient espéré ce moment depuis leur arrivée. Quoi qu'il en soit, le demi-mort se releva aussi prestement qu'il était tombé et chargea de nouveau sur la Bête. Cette dernière évita facilement l'assaut, se retourna et grogna avec tant d'ardeur. Le son eut l'impact d'un enclume : Rustique fut pour la troisième fois projeté jusqu'au septième ciel - façon de parler. Pendant la chute, la Bête engendra une fissure dans le sol et comme prévu, le surveillant tomba solidement dans la crevasse, se retrouvant ainsi hors-combat... ou du moins, selon ce que la Bête pensait, malheureusement.

Le demi-mort n'avait en effet pas dit son dernier mot : d'un clignement de yeux, une tornade de feu émergea de nul part et frappa de plein fouet la Bête, qui en plus d'être lancée dans les airs, fut brièvement brûlée par la chaleur intense des flammes. Elle tenta de se relever, mais préféra rester couchée. Effectivement, elle concentra son énergie élémentaire dans le creux de sa main et engendra une masse rocheuse plus ou moins grande qui se brisa sur la tête de Rustique. Celui-ci perdit conscience instantanément, et la Bête profita de ce moment de répit pour créer des talus autour de la victime, de façon à éviter les représailles. Souffrant légèrement, elle retourna auprès d'Abel et Virgile. Ce fut Virgile qui parla le premier, ébloui :

« La dernière fois que j'ai vu un combat aussi sanglant, c'était... c'était... c'était jamais! Tiens, voilà Rustique! T'as voulu nous faire souffrir pendant toutes ces années, eh bien! voilà le résultat de tous tes gestes. C'est à ton tour de voir de près le sol qu'on a dû nettoyer à plusieurs reprises... T'es trop fort le poilu. J'dois t'avouer que je ne comptais pas te dire où est la Salle du Jugement, Le cœur de la Bête arrêta de battre pendant l'espace d'un instant. Mais j'ai été impressionné. Explique-lui Virgile.
« Tu vois la statue là-bas? Virgile pointa un imposant dragon de pierre qui surplombait une colline. C'est par là! Quand tu seras aux côtés du dragon, tu toucheras la griffe bleue de sa patte droite tout en prononçant très clairement : jugez-moi jury. L'aile gauche bougera et touche-la pour être ensuite téléporté... »
« C'est tout? Je vous remercie, Virgile et Abel. Je vous revaudrai ça un jour. »

La Bête se précipita vers la statue sans même saluer le duo. En quelques secondes, elle fit ce qu'elle devait faire près du dragon, et elle fut transportée magiquement vers un lieu qui lui était inconnu. C'était une pièce curieusement grande et singulièrement bondée. Les spectres étaient tous en file indienne, attendant avec appréhension le moment de leur jugement. Dans toute cette foule, la Bête reconnut Symphorose en moins de deux : c'était la seule âme qui semblait se lamenter et elle correspondait parfaitement à la description physique rapportée par Arthème Gatien. La Bête s'approcha donc de la demoiselle subtilement, en évitant les regards trop curieux. Malheureusement, tout ne peut jamais se passer comme prévu...

Au loin, une créature revêtue d'une colossale armure de bronze se leva de son siège. Elle tenait dans ses mains un marteau - une massue presque - et chacun de ses pas était lent, lourd et impressionnant. Le chevalier s'avançait donc vers la Bête, qui tentait de se dissimuler derrière deux spectres, mine de rien. La créature non-identifiée, qui ne semblait pas vouloir participer au petit jeu de la Bête, releva son heaume d'un geste nonchalant et divulgua d'une voix haute et grave à faire vibrer les parois des Enfers :

« Halte inconnu. Qui êtes vous? La Bête ne répondit pas, étant elle-même étonnée par la carrure de son interlocuteur. Le chevalier reprit la parole, d'un ton agacé : Pour les jugements, vous devez faire la file comme tout le monde... On ne fait pas de traitements de faveur ici, et encore moins d'exceptions. Allez patienter comme les autres : certains sont ici depuis des semaines. On ne rigole pas avec le Juge. »

Le Juge, du haut de ses trois mètres, retourna confortablement dans le creux de son siège. La Bête, quant à elle, voulait éviter d'avoir des ennuis et préféra obéir : elle se fraya donc un chemin jusqu'au bout de la file, tout en gardant un œil affûté sur Symphorose. Il ne fallait pas qu'elle parvienne jusqu'au Juge, car après le jugement dernier, l'ultime jugement, il était impossible pour quiconque de ramener les âmes errantes sur la terre ferme. La Bête devait donc agir promptement, prestement et intelligemment afin de ne pas échouer sa mission. Derrière cette interminable lignée, elle se mit donc à cogiter calmement, mais intensément.

« Le Juge doit quitter quelques instants. Mais n'en profitez pas pour vous faufiler, car ce sera la dernière chose que vous ferez... Enfin... Vous l'avez en théorie déjà fait, puisque vous êtes ici... Bref. Soyez sages, car je peux vous assurer que le reste de votre existence se résumera à une longue suite de souffrance, de douleur et de martyr, avertit le Juge d'un ton sérieux. À toute à l'heure... pour votre jugement dernier.

Le Juge quitta finalement la pièce : c'était le moment ou jamais pour la Bête d'agir. Cette dernière, lançant furtivement quelques regards dans la salle, tenta d'identifier et de localiser tous les gardes : dans chacun des coin de la vaste pièce, il y avait un total de trois surveillants. Ils étaient gigantesques, en plus d'avoir une paire de cornes en guise de casques. D'après leur visage morne, agressif et bestial, ils ne semblaient pas du tout vouloir s'amuser... La Bête devait donc redoubler d'ardeur et de subtilité afin d'éviter d'être réduite en pièces. Tout en balayant la pièce du regard, celle-ci s'avança vers Symphorose. La Bête s'était accroupie et tentait de de dissimuler entre les rochers qui parsemaient la salle. Elle parvint finalement à destination sans la moindre égratignure et - par la plus grande des chances - sans être aperçue par les surveillants.

Symphorose était beaucoup sublime que ce que la Bête aurait pu croire. Elle était incroyablement grande par ses deux longues et minces jambes qui pouvaient faire frémir n'importe quel homme. Elle avait un corps à faire rêver et à faire jalouser, en plus de porter un accoutrement digne de la noblesse et de la monarchie. En effet, elle était revêtue d'une interminable robe argentée, robe néanmoins tâchée de sang et de chair. Bien que son visage avait été blêmi par la mort, on pouvait toujours distinguer des traits féminins, délicats, agréables... Des yeux brillants qui témoignaient d'une vie allègre et comblée, des lèvres pincées idéales pour les embrassades et une longue chevelure dorée retombant majestueusement sur ses épaules... Sa beauté avait beau être extraordinaire, mais elle n'égalait cependant pas la magnificence de Belle...

« Symphorose? » chuchotta la Bête à la demoiselle.
« On se connait? »
« Je suis envoyé par Arthème Gatien, votre époux. Il a contacté mon association afin de vous retrouver... Il m'a en effet affirmé que vos adieux ne s'étaient pas tout à fait passés comme prévu. Je suis donc venu jusqu'en Enfers vous chercher et vous ramener dans le Domaine Enchanté pour qu'il puisse vous faire des adieux dignes de ce nom... La Bête prit une grande respiration, et perpétua son discours. Il regrette amèrement l'altercation qui a précédé votre trépas, et il serait très reconnaissant si vous pouviez lui accorder une deuxième chance... Je vous en prie, accompagnez-moi. »
« Mon mari? Mon ignoble mari? Vous croyez vraiment que je veux le revoir après tout ce qu'il m'a fait lors de notre dernière soirée? Il a été terrible, hideux, ignare! Il a brisé notre promesse et toute la confiance que j'avais pour lui. C'est un salopard. Le revoir, ... jamais! Vous m'entendez : jamais! »
« Madame Gatien, je vous prie d'y ré... »
« Il n'y a plus de Madame Gatien, et encore moins d'Arthème Gatien dans ma vie. Si vous saviez ce qu'il m'a dit le jour de mon départ. Si vous saviez le mal qu'il ma fait pendant cette veillée. Si vous saviez toutes les horribles choses qu'il m'a dites pendant des heures... Si vous saviez à quel point cette soirée a brisé mon cœur... Elle prit une pause comme pour retenir des larmes et continua difficilement : Arthème ne mérite pas l'amour que je lui ai donné pendant toute ces années. Il ne mérite donc pas mon retour. »
« Je ne sais pas ce qui s'est passé pendant cette soirée, mais je peux vous assurer que je comprends parfaitement votre point de vue... et celui de votre époux. Arthème est un homme juste, bon et noble. J'ai senti, quand je lui ai parlé avant de venir jusqu'ici, qu'il voulait. Il voulait vous revoir avec tant d'ardeur. Il le voulait si intensément... passionnément. Croyez-moi, si quelqu'un en connaît en départ et en adieu, c'est bien moi... Le visage de Belle apparut dans l'esprit de la Bête. C'est si terrible de devoir faire de ne pas pouvoir dire à celle qu'on aime à quel point on l'apprécie... c'est si difficile de devoir vivre avec ce malheur de ne pas avoir pu lui faire les adieux qu'elle mérite... ... Je ne le connais pas beaucoup, mais je peux vous assurer qu'il vous aime. De tout son cœur. De tout son âme. Laissez-lui cette chance... Je vous en prie. »
« Arthème Gatien..., susurra-t-elle d'une voix un peu étonnée. Par les moments que j'ai vécus avec lui, je le connaissais pour son romantisme et son don de séduction... mais je ne savais pas qu'il était à ce point attentionné et soucieux du détail... Bien évidemment que je vais vous suivre! Ah Arthème... Si je regrette bien quelque chose de ma mort, c'est bien d'avoir été obligé de le quitter... »
« Maintenant, suivez-moi. Il faut nous dépêcher. »

La Bête fit un signe de la main à Symphorose, lui demandant de se reculer de quelques pas. Elle s'exécuta donc, et la Bête frappa aussitôt brusquement le sol. Les parois de la salle du jugement se mirent à vibrer et à trembler avec une telle intensité que les statues qui se trouvaient un peu partout dans la pièce semblaient vouloir fléchir. Par la même occasion, de nouvelles fissures parsemèrent le sol, tous en direction du siège du Juge. Évidemment, les surveillants se précipitèrent tous vers ledit siège, voulant connaître la source de cette singulière anecdote. La Bête et Symphorose prirent avantage de cette situation pour quitter avec discrétion la salle du jugement. Malheureusement, tout ne se passa pas comme prévu.

Alors qu'ils traversaient le seuil de la fameuse pièce, les surveillants les aperçurent et accoururent inexorablement vers eux. La Bête alerta la demoiselle : les deux compagnons de choc devaient courir plus rapidement s'ils voulaient atteindre « sains et saufs » la seule issue des Enfers. Ainsi, une course endiablée s'enclencha : les surveillants, des créatures semblables à des minotaures, étaient plutôt prompts, mais leur grosseur hors-du-commun brimait leur agilité. Ainsi, à plusieurs reprises, il se retrouvèrent face contre le sol, perdant l'équilibre sur les multiples crevasses des Enfers. Pendant ce temps, la Bête et Symphorose s'approchaient tranquillement de l'unique sortie, l'adrénaline coulant dans leurs veines.

Mais les minotaures semblaient avoir pris le dessus, et ils étaient de plus en plus près... En effet, la fatigue et l'exténuation commençaient tranquillement à envahir l'âme des fugitifs. La Bête se retourna donc, et dans un geste d'espoir, elle grogna de toutes ses forces, engendrant des ondes de choc qui ralentirent les surveillants. Ainsi, elle parvint à les semer et, accompagnée de Symphorose, elle atteint finalement les escaliers qui menaient vers le Colisée de l'Olympe. Ils étaient enfin arrivés... Il y étaient enfin parvenus et les minotaures, impuissants, ne pouvaient traverser le seuil des Enfers... Mission donc accomplie?

« Voilà. Courrez. Rapidement. Le Domaine Enchanté n'est pas si éloigné, mais je crains que votre temps ici est compté. Bientôt, la Faucheuse viendra chercher de nouveau votre âme, et vous devrez retourner en Enfers... La Bête soupira. Je ne peux malheureusement vous accompagner... »
« Je ne pourrai y arriver seule! Je ne cours pas assez rapidement... Je ne suis pas assez habile et je ne pourrai contrer la Mort... Je ne suis qu'une frêle femme devant tout cela. Je ne pourrai pas y arriver, c'est contre moi, contre mes faibles capacités. Je vous prie, accompagnez-moi. »
« Vous savez, l'amour est plus fort que tout... »

La Bête se retourna et ne rajouta pas un seul mot. Elle se dirigeait déjà vers le hangar du concessionnaire Shinra, quittant ce lieu et par le fait-même Symphorose. Pourquoi la Bête ne pouvait-elle pas accompagner la demoiselle jusqu'au Domaine? Elle n'en avait aucune idée. Pas la moindre lueur d'idée. Peut-être avait-elle peur de devoir faire face à de mauvais souvenirs? Peut-être que toute cette histoire l'avait rendue nostalgique... Peut-être que tout cela lui avait fait comprendre à quel point Belle était importante à ses yeux, et à quel point elle devait agir rapidement... Direction : le Château de la Bête.

L'amour est beau. L'amour est fort. L'amour est grand...

Et pour les plus chanceux d'entre tous, l'amour est éternel...
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