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 Compétences

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Mérope&Ézéchiel
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Date d'inscription : 10/11/2010

MessageSujet: Compétences   Sam 14 Mai - 17:06

Trois jours… Cela faisait trois jours que l’apocalypse avait frappé Falco de plein fouet. Trois jours durant lesquels il avait complètement égaré le sens de la vie et la notion du temps. Il essayait d’oublier, d’omettre tous ces détails et de reprendre son existence en mains, mais il en était incapable... Les navrantes images de son vaisseau en flammes et des corps inertes de ses camarades revenaient incessamment dans son esprit, le hantant et détruisant à petits feux. Il n’avait même pas eu la force de leur offrir des funérailles à la hauteur de leur vaillance, et s’était contenté de lancer les cadavres les uns après les autres dans une rivière… Il n'avait même pas daigné leur offrir une dernière prière… un ultime discours… À présent, il le regrettait amèrement. Et ce n’était pas la seule chose qu’il regrettait.

Adossé contre un arbre, en plein cœur de la nature sauvage de la Terre des Dragons, il dormait… ou du moins, il tentait de dormir. Ses yeux étaient grand ouverts, mais pourtant, rien ne pouvait prouver que ce regard était vivant, comme deux phares n’éclairant plus les océans. Falco avait encaissé pendant toutes ces années, et cette catastrophe l’avait terriblement anéanti… Il était triste, accablé, désespéré… Triste de ne pas avoir pu agir avant, accablé de ne pouvoir rien faire et désespérer d’avoir laissé s’échapper un tel connard… Ainsi, il ferma les yeux, et essaya pour l'énième fois de se laisser emporter par la brise, par le calme et par la mélodie de la nature… en vain.


« Monsieur, monsieur? »

Falco leva le regard. Devant lui se dressait un jouvenceau d’à peine dix ans. Il se tenait là, les épaules basses et le regard affligé. Quant à Falco, il replongea son regard contre la paume de ses mains, faisant mine de n’avoir rien entendu. Mais le gamin ne semblait pas vouloir laisser tomber… Ce dernier s’approcha timidement du faucon et lui tapota l’épaule à plusieurs reprises, comme pour le réveiller. Il répéta :

« Monsieur? »

Falco soupira et fixa le jeune garçon droit dans les yeux. Il fut lui-même surpris de voir à quel point le regard du garçonnet était profond. Une paire d’yeux azurés qui scintillaient au gré des rayons du soleil… Il murmura :

« Écoute gamin… Va voir ailleurs, je t’en prie… »

Le cadet esquissa un rictus désolé et se retourna lentement. Falco le regarda partir tranquillement, mais le gamin ne se rendit pas très loin. Il s’accota à son tour contre un vieil arbre et engouffra son visage dans le creux de son coude. De là, le faucon pouvait clairement entendre les pleurs du jouvenceau, et graduellement, un sentiment de culpabilité l’habitait… Et s’il avait réellement besoin d’aide? Et s’il était blessé physiquement? Mentalement?

Et s’il avait perdu des êtres chers et qu’il avait besoin de réconfort?...

Falco se leva lourdement et dans une démarche nonchalante, il rejoignit le jeune homme quelques mètres plus loin. Comme pour être à sa hauteur et pour éviter de l’intimider, il s’accroupit à ses côtés et leva son menton afin de pouvoir le regarder… Ses yeux et ses joues étaient rougis; son visage était souillé par la terre.


« Sèche tes larmes… Pleurer est inutile. »

Faux… C’était totalement faux. Si le gamin n’avait pas pleuré, jamais Falco n’aurait pu le rejoindre. Et même s’il était trop orgueilleux pour démontrer ses sentiments, sangloter avait forcément un effet bienveillant sur chacun… On dit que les larmes permettent d’oublier, d’oublier les mauvais souvenirs qui fréquentent vos esprits.

« … Pourquoi pleures-tu? »

Le garçonnet renifla grossièrement et répondit d’une voix brisée par l’hésitation :

« Je… Je me suis perdu. Je ne retrouve plus ma maison. »

« Et ton village, comment il s’appelle? »

« Haitun… »

Falco fit signe au gamin d’attendre et de ne pas bouger. Il se mit sur pieds et, du regard, il fouilla l’horizon. La Terre des Dragons était véritablement un lieu magnifique, de par son climat agréable comme pour les panoramas qu’elle offrait. Tout semblait être en harmonie ici, et rien ne paraissait pouvoir perturber la paix régnante. La flore était parfois dense, parfois presque inexistante, mais dans les deux cas, elle donnait à la Chine impériale un aspect mystique qu’on ne pouvait retrouver ailleurs. Même les constructions humaines se fondaient dans l’environnement… Une symbiose au-delà de la normalité… Un mutualisme propre et unique à la Chine impériale…

Un groupe de passants entra dans le champ de vision de Falco. Ils étaient au moins une bonne dizaine, et marchait d’un pas prompt, probablement pressé d’atteindre leur destination. Le faucon se laissa guider pas son instinct et les rejoignit aussitôt. Sans même les saluer, sans même leur demander comme ils allaient, il leur demanda strictement ce qu’il désirait savoir, d’une voix qui laissait paraître toute la lassitude qui l’habitait.


« Haitun, c’est de quel côté? »

Tous, sans exception, baissèrent leur regard sur le sol, comme si Falco venait de prononcer un mot interdit. L’un des passants se détacha du groupe et répondit d’un ton à la fois navré et inquiet :

« C’est à l’est de la montagne. Par-là… »

L’homme pointa en direction de la Montagne Interdite, avant de rejoindre le petit groupe et de s’en aller aussi prestement. Falco était intrigué… Pourquoi cet homme semblait si nerveux de donner de telles directions? Pourquoi les passants semblaient-ils avoir honte d’entendre le nom d’Haitun? Il n’en avait aucune idée, et cela l’agaçait… Cela l’agaçait à un tel point que pendant l’espace d’un instant, il en oublia presque la catastrophe qui l’avait heurté quelques jours plutôt… Mais comme la peste, des images revinrent aussitôt et il replongea instantanément dans le même et effroyable cauchemar… Un jour, il se vengerait pour les crimes que Cheetah a pu commettre…

La tête basse, Falco retourna auprès du gamin, qui se trouvait exactement au même endroit où il l’avait laissé. Lorsqu’il survint à ses côtés, son regard fut attiré par un énorme saphir que le jouvenceau portait à son cou. Falco se recroquevilla près de lui, contemplant l’amulette. Machinalement, il prit le pendentif dans ses mains et le fit valser entre ses doigts. Les rayons du soleil faisaient miroiter le joyau et le rendaient encore plus beau.


« C’est ma maman qui me l’a donné… Elle dit qu’il me portera toujours chance… »

C’est ironique que tu le portes alors que tu t’égares, pensa Falco. Ayant eu sa réponse, ce dernier laissa glisser la pierre d’entre ses doigts et invita le garçon à se lever debout à son tour, ce qu’il fit sans attendre. Le faucon annonça :

« Alors, on m’a dit que c’était par là. Viens gamin, on n’a pas de temps à perdre. »

« On pourra y aller en volant? »

Le visage de Falco s’orna d’un délicat sourire.

« Non, je ne peux pas voler… Je ne suis pas un oiseau comme les autres. »

« … T’es bizarre, toi. T’es vraiment un drôle d’oiseau. »

Pour la première fois depuis bien longtemps, Falco laissa échapper quelques rires sincères et chaleureux. Le jouvenceau, amusé par tout cela, l’imita aussitôt, et tous d’eux s’esclaffèrent plusieurs secondes pour une raison qu’ils ignoraient. Pour tout dire, cette mésaventure semblait lui faire tout le bien du monde, d’autant plus que cela lui permettait d’oublier pendant quelques moments cette effroyable histoire… Il l’oubliait superficiellement, certes, mais il parvenait tout de même à l’oublier un peu… Même si ce récit était clairement inoubliable… Soit.
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