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  Il y a de bonnes lois là où il y a de bonnes armes.

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Mérope&Ézéchiel
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Date d'inscription : 10/11/2010

MessageSujet: Il y a de bonnes lois là où il y a de bonnes armes.   Mar 24 Mai - 16:51

Un jour, alors que nous valsions près de la clairière, tu avais prononcé les mots audaces fortuna juvat. Moi-même, étant un Historien et ayant consulté des océans de livres, ne connaissais pas la véritable signification de cette locution. Puis, Mérope, je me souviendrai éternellement de ce que tu as dit après. Tu as précisé que la chance et le hasard allaient toujours sourire aux plus hardis; qu'ils allaient constamment aider ceux qui ont le cœur bondé de volonté. Ta voix s'est ensuite teintée de velléité, et tu m'as promis sous le regard des cieux que la chance allait toujours être de mon côté. Tu m'as promis que le destin allait incessamment me sortir des situations dangereuses, des situations où ma propre existence serait mise en danger. Et moi, aussi naïvement qu'innocemment, j'avais bu et accepté ses paroles. Pour t'avouer, mon ange, j'omis cette promesse rapidement, tes paroles s'égarant dans les limbes. Malgré tout j'ai vécu il y a quelques temps une histoire qui m'a fait comprendre à quel point tes mots avaient été réalistes, issus de la pure et unique vérité. Assieds-toi, Mérope, puisque j'ai une bien belle fable à te raconter.

Les heures et les jours avaient passé à une vitesse fulgurante depuis ma mission antérieure. À cet instant précis, mon regard était plongé dans l'un des vieux bouquins de ma tour lorsque Genesis entra en scène. Ses yeux ne reflétaient aucune anxiété, pourtant, j'augurais quelque chose d'important, de décisif. Comme prévu, ce fut lui qui entama la conversation, discutant placidement. Il me demanda de me rendre pour une seconde fois dans la Chine impériale, dans le même patelin : Trajan. Effectivement, une brèche était apparue dans la Grande Muraille, permettant aux Huns d'envahir graduellement la Terre des Dragons. Ma mission n'était néanmoins pas les stopper par la force brute - d'autant plus que mes chances étaient faibles -, mais plutôt en employant la diplomatie et la négociation. Car après tout, les tueries ne s'avèrent jamais être les meilleures solutions dans de tels cas. À mon avis, évidemment.

Genesis quitta ma tour et je le suivis de près. Cependant, avant de franchir le seuil de ma résidence, mes yeux se rivèrent sur une simple canne à pêche qui trônait pourtant au milieu d'un monticule de romans. Cette canne à pêche, bien qu'anodine et ridicule pour tous, avait une valeur assurée, non seulement dans ma tête, mais plus précisément dans mon cœur. Parce que c'était cette canne à pêche insignifiante me racontait une histoire à chaque fois que je l'observais : notre histoire. Tu l'avais prise dans la fameuse clairière, là où nos cœurs s'étaient fusionnés... Tu te souviens de notre rencontre, n'est-ce pas? Eh bien, rappelle-toi que je ne l'oublierai jamais. Et au moment où je détournai ultimement le regard, un frisson me parcourut le dos : cette tâche, aussi ardue pouvait-elle l'être, j'allais l'accomplir en pensant à toi, à songeant à nous... J'allais l'achever et la réussir pour toi, ma douce Mérope.

J'arrivai sur le territoire chinois des heures plus tard. Le trajet sur les routes stellaires avait été long, pénible, terriblement atroce. Pour tout dire, j'ai toujours abhorré ces voyages célestes. Les paysages se suivent et se ressemblent et je suis continuellement effrayé à l'idée de périr dans cet espace intersidéral. Un rictus se dessina inexorablement sur mes lèvres lorsque je posai de nouveau le pied sur la terre ferme. Et sans tarder une seconde de plus - ne désirant faire patienter l'empereur de Chine -, je m'engouffrai dans les profondeurs de la neige éternelle, au nord du campement, à l'est de la Montage du Destin, dans la fameuse cité de Trajan. Ma fonction d'Histoire me permit de me rendre assez aisément à destination, marchant avec une telle détermination que mes pieds n'avaient point le temps de s'enfouir dans le fin manteau blanc qui abritait les plaines. En deux temps trois mouvements, je parvins à destination, cherchant mon souffle. Mine de rien, cette randonnée avait puisé dans mon énergie...

Ne portant pas attention à mon geste, je traversai la brèche de la Grande Muraille. Je fus stupéfait de voir à quel point tout paraissait normal dans la ville. Trajan, récemment conquise, ne semblait pas être affectée par l'arrivée inopinée des Huns. Je m'attendais à voir du sang, des cadavres gisant sur le sol, des résidences et même des quartiers entiers brûlés par la barbarie des envahisseurs, mais pourtant, rien de tout cela hantait la cité. Pour tout dire, Mérope, cette quiétude inattendue m'agaçait au plus haut point. Ce silence de mort, cette paix anormale augurait quelque chose de mauvais, de très mauvais-même... J'essayai d'oublier tout cela, m'avançant dans Trajan.

Je passai aux côtés d'un homme entièrement vêtu de blanc. Il semblait être prêt à parer une éventuelle attaque, mais pourtant, il ne paraissait s'agir ni d'un envahisseur, ni d'un Consul... Jamais je n'avais croisé son regard dans le quartier général des Cités Dorées, et sa trop faible musculature ne convenait pas avec les idéaux des guerriers hunniques. Toutefois, je n'en portai pas plus longuement attention, passant à côté. Après tout, comment un simple individu pouvait bouleverser mon voyage sur la Terre des Dragons? C'était impossible, n'est-il pas Mérope? Lentement, je m'engouffrai à l'intérieur de Trajan, tenant fermement mais secrètement mon épée, question de pouvoir contrecarrer un éventuel assaut, mais également de ne pas attirer les foudres des Huns. Je m'arrêtai brusquement lorsque je vis un amoncellement de barbares au milieu de la place publique... Je frémis.

Ils étaient une vingtaine. Vingt et Huns, si je me souviens bien. Ils dégageaient une telle assurance que je me sentis fléchir. Ils étaient tous grands, gigantesques, comparables aux mastodontes que je pus combattre dans le passé. Prenant mon courage à deux mains, respirant l'air pur qui m'entourait, je fonçai vers eux. J'en oubliai presque mon effroi tellement j'étais concentré. Plus rien ne pouvait me brusquer à présent, car j'avançais avec détermination, avec volonté, avec ce désir de terminer cette tâche et ainsi de prouver à Genesis que mon rôle au sein du Consulat était utile, nécessaire presque. Et voulant interrompre le vacarme que le Huns avait posé, j'inspirai une ultime fois avant de sacrifier mon existence, et hurlai comme je n'avais jamais hurler auparavant :

« Retournez-vous. J'ai à vous parler. »

Mais aucun d'eux ne se retourna. Pas même un passant. Pas même une innocente créature. Je répétai l'opération, mais l'échec fut de nouveau flagrant. Mérope, je ne savais plus quoi faire... Ils ne semblaient pas vouloir m'écouter, et toute cette conviction qui m'avait envahie s'était subitement dissipée, comme si on l'avait sauvagement drainé. Défait, je fis donc un demi-tour et je sursautai lorsque je vis le jeune homme aussi blanc que neige. Cette fois-ci, son arme était pointée en ma direction et il se trouvait qu'à quelques mètres de moi, et pourtant, il n'y avait personne derrière moi. Ni devant. Ni à mes côtés. Je l'interrogeai donc, d'une voix clairement chancelante :

« Vous êtes ici pour les Huns, je suppose. Ces barbares... »

Non, il n'était pas ici pour les Huns. Mais peut-être était-lui même un de ses envahisseurs. Les apparences étaient souvent trompeuses... d'autant plus que son épée me visait clairement. Et comme on dit, l'habit ne fait pas toujours le moine, et loin de là... J'essayai donc de me reprendre, par peur d'insulter, de provoquer l'un des Huns...

« Ils ne sont pas si barbares en fait... Ils ont sûrement leurs raisons... »

Réplique innocente... Oui. Mérope... J'avais peur. J'avais besoin de toi.
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