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 Les éphémérides d'un boomeur!

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Mérope&Ézéchiel
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MessageSujet: Les éphémérides d'un boomeur!   Jeu 26 Mai - 19:36

Ai-je réellement besoin de présentation? Je suis Eugène de la Vallière, souverain promis du Duché de D'Auges au Palais des Rêves. Mais depuis bien longtemps, on m'appelle L'Arsenic. Pourquoi ce pseudonyme fabuleux? Eh bien, parce qu'un seul de mes coups peut causer un véritable martyr, tel le poison qui parcourt votre corps. Un autre, et votre tête sera atteinte de céphalées comme si on vous martelait la tête d'une massue. Puis, un ou deux de plus, et vous périrez. C'est bien, n'est-ce pas? En contradiction avec mon titre de noble, me direz-vous. Laissez-moi vous raconter une petite histoire… Asseyez-vous confortablement, car vous risquez de ne pas sortir d'ici de sitôt.

Je suis né un soir de printemps. Dès les premiers jours de ma vie, un futur rempli de gloire, de fortune et de pouvoir m'attendait. Mon destin était déjà tracé, et on m'avait promis que je pourrais éternellement vivre heureux. Je dormais déjà dans un berceau d'or, et une armée entière de majordomes était mon service. Je pleurais, quelqu'un venait me réconforter dans les secondes suivantes. J'avais faim, et on m'apportait le meilleur lait de l'univers. Je me sentais seul; on m'offrait tous les jouets du monde. Et ce fut la même chose durant mon enfance, puis pendant le tout début de mon adolescence. À dix ans, je possédais moi-même mon propre manoir, ma propre unité militaire, ma propre partie de la population et une salle du trésor bondée. Pour tous les enfants du monde, je vivais une existence totalement utopique. Mais de mon côté, c'était différent. Je détestais avoir tout acquis qu'en le demandant, mais mes parents ne comprenaient pas cela. Non, ils étaient trop concentrés à faire de moi le futur monarque de ce royaume, un souverain comme il ne s'en fait. Et tout ça contre ma volonté…

J'ai donc passé la majeure partie de mon enfance a être éduqué comme un potentiel roi. On m'apprit à discuter parfaitement, à m'exprimer parfaitement, à paraître en public parfaitement, à dirige parfaitement, à manger parfaitement et même à éprouver des émotions parfaitement. Tous espéraient la perfection, mais de mon point de vue, je croyais que j'étais déjà parfait dans mon imperfection… J'ai appris avec le temps que la meilleure façon d'éviter les souffrances interminables étaient de se soumettre aux caprices de la vie. Les nobles du Palais des Rêves convoitaient la perfection? Je serai parfait. Tous s'attendaient à ce que je contrôle un jour le monde entier? Je serai le maître du monde. C'est bien simple, n'est-il pas? Eh bien non… La façade d'une maison peut bien sembler merveilleuse : un jardin merveilleux, une toiture digne des plus grands manoirs et une architecture à couper le souffle. Mais en y pénétrant, vous serez parfois surpris de voir à quel point l'intérieur est hideux... Des murs dévastés par le temps, des fresques détruites, des meubles gisant dans tous les sens et des charpentes décrépies… Vous savez quoi? C'est exactement comme cela que je me sentais. Parce que mon sourire grandiose dissimulait une vérité effrayante. Je n'étais pas bien. Je ne me sentais pas bien. Tristement… Je ne vivais pas bien.

Le calvaire dura dix-sept ans. Dix-sept atroces années de ma vie perdues à me faire laver le cerveau par des hommes et des femmes qui n'ont jamais pu être ce qu'ils auraient toujours voulu être. Mais ce qui semblait être un conte de fées pour certain se termina aussitôt. C'était un matin de routine, et alors que je savourais le même repas à la même heure et au même endroit, le temps s'arrêta brusquement autour de moi. Les nobles et les courtisans, pourtant toujours en mouvement, s'immobilisèrent sans avertissement. Ma vision s'est ensuite flouée, jusqu'à ne plus voir du tout. Sans m'en rendre compte, j'ai ultimement sombré dans un sommeil obligé, comme si on m'avait drogué. Puis, plus rien. Je n'ai aucun souvenir de ce qui s'est passé ensuite. Tout ce que je sais, c'est que je me suis réveillé plus tard. Mais étrangement, je n'étais plus au Palais des Rêves. Je n'étais plus chez moi…

Je me trouvais au centre d'un socle, et à ma plus grande surprise, celui-ci planait magiquement. Une fumée blafarde donnait à la pièce une ambiance mystique, alors que le sol se mettait à scintiller. Je me suis approché d'une extrémité du socle, et je me suis reculé aussitôt quand j'eus aperçu que c'était le néant infernal, le vide infini. Je n'ai pas eu le temps de me ressaisir de mes émotions qu'une voix m'interpellait déjà. Son ton était neutre et glacial, résonnant sur les parois inexistantes. Je me souviendrai toujours de ce qu'elle a dit à ce moment-là :

« Pauvre homme, prisonnier d'un destin qui l'accable… Ne souhaites-tu pas changer cela? »

« Euh… À qui ai-je l'honneur? »

« Je ne suis que le vent… »

« D’accord, si vous le dites… Alors… Honnêtement, je déteste ma vie. »

« Alors, permets-moi de perturber un peu le cours de ta vie… »

« Plaît-il? »

« Je t'offre une nouvelle vie… Un nouveau départ… Je te permets de fuir ce monde, cette noblesse qui t'enchaîne… En contre-partie… Tu deviendras une âme errante ne pouvant trouver un chez-lui… »

« Vous m'offrez une nouvelle vie sans me connaître? »

« Ton existence ne m'importe peu… La question est de savoir; acceptes-tu ce miracle? »

« Un nouveau départ, hein? Évidemment que j'accepte. »

Pour tout dire, je croyais toujours rêver… Rien ne semblait réel dans cette pièce mystérieuse. Et même si toute cette histoire était réellement issue de la pure vérité, cette sorcière m'offrait la possibilité de vivre, libre et heureux. Comment pouvais-je refuser ce pacte? J'étais jeune et innocent, à cette époque, et le simple fait d'accéder un peu plus à une liberté me rendait fou de joie. Tout s'était passé si rapidement, si invraisemblablement…

« Excellent. Quelque chose à ajouter avant d'entamer ta nouvelle vie? »

« Ouais. J'accepte seulement si mon majordome Philémon m'accompagne. »

« Tends les mains… Et ferme les yeux… Crois en ce miracle que je t'offre et tout changera… »

J'ai tendu les mains et j'ai fermé les yeux, puis… plus rien. J'ai sombré de nouveau. Lorsque mes yeux se sont ouverts de nouveau, le Palais des Rêves n'était plus à ma portée. Et étrangement, je me sentais comme si un monstre grandissait en moi à chaque pénible seconde. Mes yeux s'étaient fusés de colère et de sang, mes poings s'étaient serrés pour l'éternité et mon sourire avait pris une teinte de sadisme et de mal. Toute cette inhibition qui m'avait habité pendant toutes ces années, étant enchaîné par la perfection, semblait vouloir émerger de mon corps, de mes actions. Sans hésiter, j'ai obéi à cette petite voix qui chantonnait au fond de moi, cette voix qui me répétait incessamment de foncer, de faire le mal, de me venger pour tout ce que j'ai vécu… Vous payerez tous pour cette enfance que j'ai perdue, pour cette liberté que j'ai naguère égarée. *ajouter un rire machiavélique ici*

Premier arrêt : la Cité des Rêves. J'avais longuement entendu parler de Notre-Dame-de-Paris dans le passé. Mes parents parlaient continuellement en bien de cette ville, prisée par une religion presque trop dominante. Instinctivement, j'avais été mené ici, voyageant illégalement de vaisseau en vaisseau, tentant de me morfondre dans la masse d'errants. La Cité des Rêves m'offrait une opportunité incroyable… Les actions des habitants de la Ville-Lumière étaient constamment brimés par l'omniprésence religieuse. Chacun de leurs gestes étaient épiés par les évêques, leurs moindres paroles étaient supervisées par cette force-créatrice. Je les voyais prier dans les rues, dans les églises, dans leur propre résidence, comme s'ils étaient aspirés par une puissance surnaturelle. De mon côté, je croyais en toute sincérité qu'ils souffraient, qu'un manque de liberté était flagrant. Et ce n'est lorsque j'ai aperçu un garde civil emprisonner un pauvre homme pour blasphème que j'ai décidé d'agir… J'étais furieux, à un tel point que j'ai presque voulu tuer… La religion n'aura plus le dernier mot sur la Cité des Miracles…

Je me suis rendu à une église du quartier, vêtu comme les croyants de ce monde. Je me suis assis dans l'un des multiples sièges, et j'ai écouté avec une certaine répulsion les paroles du religieux qui se trouvait près de l'autel. Il paraissait se prendre pour un dieu, pour une entité supérieure ayant raison sur tous les torts. Et les gens l'admiraient intensément, buvant ses paroles mensongères. J'ai fait mine de me lever subtilement, et j'ai avancé lentement vers l'avant, les croyants me regardant avec un air intrigué. J'ai monté les quelques marches qui menaient à l'autel, et j'ai littéralement bousculé l'évêque qui célébrait la messe. J'ai pris la parole, d'un ton haut et fort, d'une voix presque confiante; la population me regardait comme si j'étais un authentique monstre :

« N'êtes-vous pas blasé de venir ici tous les jours et de ne jamais avoir la preuve des miracles de ce dieu stupide? »

Il y a eu un silence de mort, puis une clameur sans pareil. La foule scandait que j'étais un misérable hérétique et que je devais être pendu sur la place publique. Peut-être avais-je eu tort? Ces croyants croyaient-ils réellement? Je n'ai pas eu le temps d'y penser plus longtemps, car tous s'étaient précipités sur moi et m'envoyaient valser assez rapidement. Je n'avais jamais couru aussi rapidement, tentant de fuir la garde civile. Une fois les surveillants semés, je me suis encloîtré dans une auberge miteuse, où je me suis morfondu durant plusieurs semaines. Je ne sortais que pour respirer un peu d'air frais, mais sans plus. Tout cela a duré un mois tout au plus. Mais un bon jour, le Destin semblait être de mon côté, enfin.

Je marchais paisiblement dans les ruelles de la Cité des Rêves, tentant d'échapper aux regards affutés de ladite garde civile. Puis, sans que je puisse détaler comme un vulgaire criminel, une main s'est posée sur mon épaule. Et deux, et trois... et quatre. Machinalement, je me suis débattu sans savoir à qui j'avais affaire. Ce n'est seulement lorsque je me suis réellement retourné que j'ai vu que je ne courrais pratiquement aucun risque. Devant moi étaient dressés un groupe d'individus : des femmes, des hommes et même des enfants. Ils me regardaient avec passion, et j'ai presque eu envie de fuguer de nouveau. Mais au moment où j'étais pour parler, le plus vieux du groupe a pris la parole, mettant l'accent sur chacun de ses mots :

« Monsieur... Nous vous cherchons depuis déjà un mois... Nous avons besoin de votre aide? »

« Mon aide? Que... quoi? »
Il essaie d'être un bandit... Alors qu'il est en mission, ses valises sont volées.

Essaie d'être un pirate... mal de mer.

Il essaie de devenir un sans-coeur... Le destin est contre lui.

Essai d'être dans une bande de lions... Ouais bah... C'est sûr qu'une gerbille... c'est pas impressionnant.

Alors, satisfaits de ma présentation? Je suis Eugène de la Vallière, souverain déchu de la Coalition Noire, en plein cœur du royaume de la princesse de l'Envie. Mais depuis bien longtemps, on m'appelle L'Arsenic. Mais comme vous avez pu le voir, je vous ai tristement menti… Mes coups ne causent pas un véritable martyr; votre corps ne souffre pas comme si un poison vous parcourait les veines. Ma puissance réduite ne me permet pas de vous donner des maux de tête intenses. Et non, je n'ai jamais tué le moindre individu. Si on m'appelle L'Arsenic, ce n'est pas non plus parce que je suis aussi rude que ce venin. Non, pas du tout… Je ne suis qu'un simple être humain parmi la masse, qui n'a comme seule ambition de venger la liberté. Parce que je déteste cette vie. Parce qu'avant de mourir, je veux sauver le plus d'individus de l'emprise de la domination et de la routine.

Parce que ma vie n'a été qu'une longue suite de douleur et de déception... Et vous payerez tous pour ça.
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