Partagez | 
 

 Offrande à la Muse

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Mérope&Ézéchiel
<34

avatar

Messages : 235
Date d'inscription : 10/11/2010

MessageSujet: Offrande à la Muse   Sam 28 Mai - 16:33

À l'instant où je déposai le livre sur le piédestal, une bourrasque farouche vint bouleverser la quiétude habituelle de ma tour. Les parois de ma résidence se mirent à gémir et j'entendis des murmures de tous les côtés, comme si une population entière désirait m'interloquer. Je me retournai sur moi-même à plusieurs reprises, essayant en vain de remettre tous les bouquins tombés sur le sol dans leur position initiale. Puis, les brises violentes s'intensifièrent, et une authentique tornade installa un chaos incontrôlable, ravageant l'intérieur de ma tour, poussant tous les meubles contre le sol. Ma tour parut vouloir fléchir, les murs vibrant de plus en plus ardemment. Soudain, alors que je croyais rêver, alors que j'étais sur le point de me réveiller d'un pénible cauchemar, tout le vacarme se tut. Je n'eus guère le temps de constater l'ampleur des dégâts qu'un faisceau de lumière blafarde m'aveugla, et d'un portail dorée émergea une femme. Et je compris de qui il s'agissait aussitôt. Je m'inclinai devant la dame, fredonnant une ode aléatoirement. La femme prit aussitôt la parole, d'une voix si forte, si sévère et si intense, mais si réconfortante:

« Vous l'avez trouvé, Historien. Elle est fière de vous et elle tient à vous remercier. »

* * *
Parfois, pour bien comprendre et saisir l'Histoire, il suffit de faire un retour en arrière et de retourner à la source du récit. Je revenais à peine de ma seconde mission sur le territoire chinois quand Genesis m'interloqua dans le Chemin des Rondes. Je m'approchai de lui, le saluai et comme à l'accoutumée, il prit de mes nouvelles avant de perpétuer. Puis, il me demanda de me rendre dans l'ancien quartier général de la résistance, où je devais trouver un livre. Le Forêt des Rêves Bleus, tel était son titre. Ce nom n'était pas inconnu pour moi, mais à ce moment, je ne pouvais déterminer de quoi il s'agissait exactement. J'avais beau réfléchir, mais sans effet. Curieux et intrigué, je me rendis directement à destination, soit dans l'ancienne résidence de Merlin. Le trajet fut court et sans embûches.

J'étais à ce point mystifié que je ne pris même la peine d'observer les lieux avant de débuter ma mission. Je pénétrai, la tête basse, donc aussitôt dans l'ancienne demeure de Merlin. En entrant, mon regard fut dès lors attiré par un jet de lumière qui provenait de l'arrière de la maison. Je m'avançai vers elle assez promptement, passant à quelques reprises de trébucher sur des vieux objets qui traînaient sur le sol. En suivant cette mystérieuse lumière, je débouchai finalement sur une pièce d'une grandeur inimaginable. Alors que de l'extérieur, l'ancienne résidence Merlin semblait être de taille normale, je fus médusé, stupéfait et totalement ébahi de voir à quel point tout était grandiose. De fait, cette salle démesurée avait probablement servi de bibliothèques, les milliers de livres témoignant d'une passion pour la lecture. Je restai immobile plusieurs secondes, admirant la merveille qui se dressait devant mes yeux. Pour un Historien comme moi, une bibliothèque de cette magnificence était une utopie rêvée...

Je repris le contrôle de mes émotions quelques secondes plus tard, m'avançant au hasard vers un meuble bondé de livres, de romans et de recueils de toutes sortes. Du regard, je fouillai chacune des étagères, à la recherche dudit livre convoité par Clio, la muse de l'Histoire. La Forêt des Rêves Bleus, hein? Après avoir balayé la première bibliothèque du regard, je passai à la suivante, et ainsi de suite durant des heures. Curieusement, je n'étais pas du tout blasé de cette mission. Chaque intitulé différent que je voyais me rendait rêveur, me perdant constamment dans des histoires rocambolesques. Je fus même tenté à quelques reprises : je ne pus m'empêcher de consulter un ou deux bouquins, afin de voir de quoi il s'agissait. Tout était majestueusement bien rédigé, tout était incroyablement beau...

Puis, alors que je survolais un énième roman, une voix froide m'interpella. Je me retournai, mais rien. Je plongeai de nouveau mon regard dans les pages d'un livre. Je lis paisiblement les premières lignes : Il était une fois, dans une contrée bien lointaine... Puis même jeu. Une deuxième voix, cette fois teintée de colère, me ramena à la réalité. Quelques secondes plus tard, d'autres voix vinrent s'ajouter aux deux premières, engendrant petit à petit un tohu-bohu vocal à rendre fou. J'essayai d'empêcher le son d'atteindre mes oreilles, mais en vain. On aurait dit que ces voix discutaient à l'intérieur de moi, dans les profondeurs de mes pensées. Mystérieusement, je m'évanouis.

Mes yeux s'ouvrirent tranquillement. Se peignait devant moi un panorama des plus joyeux : de l'herbe verdoyante à perte de vue, des fleurs de toutes les couleurs parsemant les plaines, un ciel aussi azuré que l'océan et des petites créatures sauvages qui gambadaient innocemment près d'une clairière scintillante. Je me levai d'un bond et profitai de la température incroyable pour prendre une bonne bouffée d'air fraîche. Et je marchai vers l'avant : les paysages s’embellissaient à chacun de mes pas, alors que la symphonie des oiseaux agrémentaient ma longue promenade. Puis, j'arrivai finalement près d'un arbre colossal. Autour de celui-ci, une gamme d'animaux bipèdes et loquaces dansaient heureusement comme des enfants. Leurs chants m'enchantèrent et je fus aussitôt emporté dans la ronde. Je ne les connaissais pas, mais pourtant, j'avais l'impression d'être leur ami de toujours. Il ne connaissait pas mon nom, mais ils n'en portaient pas du tout attention. Ils s'amusaient, ils dansaient et ils riaient.

Alors que l'un d'eux s'approcha de moi pour discuter, le ciel s'obscurcit aussitôt. Les fleurs fanèrent à leur tour et les personnages amusants se métamorphosèrent en créatures cadavériques. Le panorama amusant se transforma en deux temps trois mouvements en un décor digne de la Ville d'Halloween. Apeuré par ce changement soudain, je reculai de quelques pas. Des cadavres s'avancèrent lentement vers moi et m'encerclèrent sans que je ne puisse fuir. Dans un synchronisme effrayant, ils parlèrent :

« Bienvenue à la Forêt des Rêves Bleus, très cher. Il y a bien longtemps, avant de partir vers des horizons inconnus, le magicien Merlin a lancé une malédiction sur ce monde afin d'empêcher quiconque d'y entrer et d'y faire le mal. »

Je balbutiai quelques mots, et réussit finalement à former une phrase complète.

« Mais j'ai besoin de ce livre. Pour Clio. Pour l'Histoire. Comment puis-je le récupérer? »

« Tes intentions sont bonnes? »

« Je le promets. »

« Tu prendras soin de la Forêt des Rêves Bleus? »

« Je le jure solennellement. »

« Nous sentons en toi la lumière, la bonté, la bienveillance. »

« Je peux donc prendre le libre? »

« Si ce livre est égaré, brisé ou détruit, tu périras aussi. Es-tu prêt à prendre ce risque?

« ... Je suis prêt à prendre le risque. »

Était-ce réel, authentique? Je venais de promettre mon âme contre celle de la Forêt des Rêves Bleus. Avais-je pris la bonne décision? J'en avais aucune idée, mais j'étais à ce point aspiré à l'idée d'offrir ce livre à Clio que j'en oubliai complètement mes principes, mes valeurs, mon désir de vivre. Si ce livre venait à être maltraité, je serais maltraité à mon tour. Si ce livre venait à souffrir, je souffrirais moi aussi. Si ce livre venait à être détruit, je serais détruit à mon tour... Alors que je songeais, une lumière émergea du ciel, m'aveugla et je sombrai obligatoirement dans les bras de Morphée. Lorsque je me réveillai, je me trouvais dans la même bibliothèque, en plein cœur du Jardin Radieux. Le livre de la Forêt des Rêves Bleus se trouvait dans le creux de mes mains... Mon destin également.

* * *
« Vous l'avez trouvé, Historien. Elle est fière de vous et elle tient à vous remercier. »

Le livre que je venais de poser sur le piédestal, c'était nul autre que celui de la Forêt des Rêves Bleus. Clio s'était matérialisée devant moi, et elle tenait à présent à remercier. Mais comment? Les secondes passaient, mais pourtant, la muse ne parlait pas. Elle observait le livre avec une telle intensité, comme si son existence - au sens figuré, évidemment - en dépendait. Puis, après plusieurs minutes d'attente, elle dit :

« Comme Clio peut vous remercier, Ézéchiel? Demandez, et elle fera. »

Je pouvais souhaiter tout ce que je voulais. Des millions de munnies? L'argent ne fait pas le bonheur. La vie éternelle? Elle ne me sert à rien si tous les gens à qui je tiens décèdent. La gloire? Je ne tiens pas à être connu, et encore moins d'avoir à subir les caprices de l'envie et de la jalousie. Une puissance magique encore plus incroyable? Le combat n'en vaut pas la peine. Ou encore, pouvoir retourner dans le passé? Changer les événements du passé est ridicule. Je ne regrette rien. Puis, j'ouvris la bouche, mais ce ne fut pas ma tête qui parla. Non, mon cœur avait déjà fait son choix.

« Je souhaite pouvoir vivre auprès de Mérope pour l'éternité. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://epicdisney.forumactif.com
 
Offrande à la Muse
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Ultime offrande
» Muse
» La Muse ou les meilleures sorties culturelles pour jeune public
» ANITA BLAKE (Tome 07) OFFRANDE BRULEE de Laurell K. Hamilton
» La Muse et le Forum

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: THIS IS A NEW START :: Les Annales d'un Fou Amoureux.-
Sauter vers: