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 chroniques de boule-poil.

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Mérope&Ézéchiel
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Date d'inscription : 10/11/2010

MessageSujet: chroniques de boule-poil.   Lun 12 Sep - 17:18

    Lorsque vous êtes né, Adam, tout le monde pleurait au Château. Votre mère pleurait de vous avoir mis au monde; votre père aussi, mais cachait chacune de ses larmes derrière son masque de fer habituel. Tous les nobles et les courtisans de la demeure pleuraient également votre arrivée, et voulaient tous palper ce nouvel enfant comme si vous étiez un divin. Ce jour-là, même le ciel pleurait avec une intensité sans pareille, recouvrant les rues de la province d’une couche d’eau presque scintillante. Oui, lorsque vous êtes né, mon prince, tout le monde pleurait, et ce, sans exception.

    Puis vous avez grandi comme n’importe quel des enfants… Non, ce n’est pas tout à fait vrai. Vous avez été bercé dans un landau d’or massif et dans des couvertures de satin que seule une minorité de la population pouvait se procurer. On vous élevait comme un futur prince – car vous aviez déjà un avenir tracé – et vos moindres faits et gestes étaient épiés par tous et chacun. On voulait faire de vous un grand homme, Adam, un homme qui changerait le cours du monde et qui gouvernerait toute la France d’une main puissante, sans pour autant brimer les besoins de la populace. On vous enrichissait, on vous bourrait parfois le crâne, « mais c’était pour votre bien », comme le disaient vos parents… On voulait faire de vous la perfection, rien de moins.

    Mon prince… Vous avez été tolérant pendant si longtemps. Je voyais bien dans votre visage que cette situation ne vous plaisait pas. C’était flagrant, mais personne ne semblait vouloir comprendre qu’intérieurement, vous souffriez pour tout le monde. Vous en aviez assez de ces longues soirées à étudier, de ces pénibles journées à perfectionner vos manières et à apprendre à vous exprimer comme un prince doit le faire. Je priais chaque soir pour vous, pour revoir votre sourire comme à vos premiers moments… Mais jamais mes prières n’eurent de réels résultats, malheureusement. Et j’en suis sincèrement navré aujourd’hui, Adam.

    Votre calvaire… Votre enfer dura beaucoup trop longtemps. Vos parents ont rendu l’âme, disparus selon les gardes. Mais comme moi, vous connaissez la pure vérité… C’est un conseiller de votre père qui a fait le coup, et qui a détalé aussitôt… Vous l’avez cherché durant des mois entiers, ce meurtrier. Votre persévérance surpassait celle de tous, mais le ciel ne semblait pas être de votre côté, mon prince. Vous ne l’avez jamais retrouvé. Ni même le moindre indice de sa trace. Et pour la première fois de toute votre existence, vous avez abandonné… C’est là que tout a changé, Adam… C’est là que vous êtes devenu l’embryon du monstre que vous êtes.

    Un monstre… Non, navré, ce n’est pas ce que je voulais insinuer. Vous avez simplement… changé. Vous êtes devenu différent, vous n’étiez plus ce jeune garçon qui avait des ambitions si nobles. Tous vos sentiments refoulés se sont amplifiés, puis vous ont littéralement fait exploser. Vous avez banni tous les nobles, vous avez pris le trône et vous avez débuté votre règne. Vous imposiez et faisiez appliquer toutes les lois avec tant de force que tout le sous-peuple de France se soumit rapidement à vous. Vous inspiriez la peur; transpiriez la crainte. Mais pour la première fois depuis belle lurette, on vous écoutait… et cette sensation vous comblait.

    Ainsi, Votre Altesse, vous êtes passé d’héritier parfait jusqu’à prince « égoïste », comme le disait le gens du peuple... et je faisais partie de ces gens. Je dois l’avouer, je craignais vos élans de colère, je craignais votre grandeur, je craignais votre courroux. Parfois, on vous surnommait le diable, parfois l’impassible, parfois le démon. On ne vous aimait pas, mon prince, mais on faisait tous mine de vous admirer. Je suis désolé.

    Vous étiez riche, mais pourtant, plus rien ne vous suffisait. Vous vouliez toujours plus, encore plus et encore un peu plus. Vos richesses s’accumulaient à vue d’œil; votre salle du trésor était pleine à craquer. Cependant, toutes ces pièces d’or ne vous comblaient pas. Vous convoitiez une fortune encore plus encombrante. Vous étiez… l’Avarice.

    La populace se mourrait sous votre règne. La province s’appauvrissait à chaque jour, tous et chacun vivant de terribles misères journellement. Et vous, vous regardiez ces gens crouler sous la dépression sans jamais bouger le petit doigt pour intervenir. Les gémissements du sous-peuple parvenaient certes à vos oreilles, mais vous ne les écoutiez pas… Ou du moins, vous faisiez mine de ne rien entendre. Votre propre petite personne était le seul individu qui comptait à vos yeux. Votre famille aurait eu honte, mon prince, elle aurait eu honte…

    Vous viviez un conte de fées, mais ce conte de fées ne concernait que vous. Mais un jour, toute votre misérable existence se bouscula… Adam. Votre vie était en effet des plus misérables. Votre palais croulait sous les biens matériaux, mais vous n’étiez pas heureux. Vous aviez tout ce que vous vouliez, mais ce n’était jamais assez pour faire battre ce cœur de roche qui résidait en vous. Vous-même saviez que vous étiez un pitoyable personnage mais faisiez comme si c’était le contraire. Soit… Votre vie changea du tout au tout un soir parmi tant d’autres, où vous étiez, comme toujours, en train d’ordonner, de commander, de demander, de requêter et d’exiger…

    On vous demanda à l’entrée du château… Vous vous êtes levé nonchalamment et vous avez parcouru toute votre demeure d’un pas lent. Vous avez ensuite ouvert la porte, et tout ce que vous avez aperçu, ce n’était qu’une vieille dame hideuse qui quémandait. Elle était affreuse, effroyable même, et ses yeux reflétaient la souffrance et toute la misère du peuple. Je me souviendrai toujours de ce qu’elle a dit ensuite, mon prince… Elle vous a simplement demandé un abri pour une seule et unique nuit, alors que le froid faisait rage et qu’elle ne pourrait survivre à l’extérieur. En échange, elle vous offrait une délicate rose, aussi brillante que toutes les étoiles de ce ciel, aussi rouge que tout le sang de la populace… Et en vous basant uniquement sur son apparence, vous avez refusé et l’avez chassé sur le champ. Clairement. Et catégoriquement. Elle a tenté de vous convaincre, de vous supplier en disant qu’il ne fallait jamais se fier aux apparences et que la vraie beauté venait du cœur, mais vous persistiez. Clairement… et catégoriquement.

    Mais jamais vous n’auriez pu supposer la suite, Votre Altesse. La vielle mendiante, aussi hideuse était-elle, se métamorphosa en une créature des plus enchanterresses. Des cheveux longs et bouclés, un corps svelte à faire frémir, un visage d’ange… Vous l’avez supplié à votre tour… Vous vous êtes mis à genoux, quémendant son pardon, mais il était déjà trop tard… Et après des incantations étranges, votre château a pris un aspect morbide et lugubre, tous ses habitants prenant une apparence de mobilier et d’objets ménagers… Mais par-dessus tout, à cet instant précis, vous êtes devenu la Bête que vous êtes actuellement… Le monstre au corps immense, à la fourrure grasse et au regard coléreux… Vous êtes devenu… l’image de votre personnalité. J’en suis navré, mon Prince.
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