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 Stairway to heaven

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Mérope&Ézéchiel
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Date d'inscription : 10/11/2010

MessageSujet: Stairway to heaven   Dim 3 Juin - 12:28

    Ils étaient seize à épier avec un intérêt singulier les vestiges de cet escalier de l'Illusiocitadelle. Seize quidams, quinze maçons, un stipendié de la Shinra, trente-deux bras, le même nombre de jambes, pas moins de trois mille os, un peu plus de dix mille muscles et quinze paires d'yeux (plus un œil esseulé) pour être plus précis. Ainsi étaient-ils tous là, sous les exigences du grand manitou du groupuscule le plus prospère du cosmos. On leur avait demandé de réparer les escaliers qui guidaient quiconque vers les plus fastueuses hauteurs de la Citadelle, mais pour quelles raisons? Il était fort inutile de tenter de percer l'esprit de fer et les viscères impénétrables de sir Rufus; malgré tout, ce dernier semblait éprouver une certaine passion pour ce Monde qui jamais ne fut. Qu'avait-il derrière la tête? Que se cachait-il derrière ce regard intransigeant et ce visage stoïquement impavide?

    Soit. Snow Villiers, après avoir toisé les ruines, se retourna vers ses subalternes temporaires qui, eux, perpétuaient leur analyse visuelle des lieux. Ils semblaient tous (beaucoup trop) concentrés, comme s'ils cherchaient déjà une solution au problème. Mais le jeune homme aux cheveux d'or et au regard embrasé avait déjà élaboré un stratagème infaillible qui, en plus d'être prompt, nécessitait peu de préparation :


    « Détruisez les escaliers : la reconstruction sera plus facile. À vos massues! »

    Tels des guerriers assidus honorant les ordres inflexibles d'un sergent-major-officier-général de l'armée impériale d'un Empire quelconque, ils dégainèrent tous un arme contondante et extériorisèrent leur colère des vingt dernières années en martelant avec un plaisir indiscutable ce qui, naguère, avaient été des escaliers fonctionnels. Un sourire presque sadique aux lèvres, ils ruinèrent encore un peu plus les ruines jusqu'à ce que les marches ne soient qu'un amas de poussières et de débris sans le moindre intérêt. Snow, qui s'était sis sur un piédestal improvisé durant les quelques minutes de destruction massive, fut dès lors happé par un Borne triste qui, le ton déplorablement accablé, soupira enfantinement :

    « Monsieur Villiers... Ma massue est brisée. »

    Sa trique était en effet fendue en deux morceaux bien distincts. Snow, jaugeant son interlocuteur avec un amusement incontestable, lui tendit une seconde massue, son usuel rictus endimanchant son visage :

    « Voilà. »

    Ainsi le Borne triste retourna à ses moutons - ou plutôt à ses escaliers - et ruina les ultimes structures encore debout. Lorsque les marches furent totalement réduites en poussière, tous les maçons se retournèrent sans exception vers le messie - en l'occurrence Snow - qui répondit par un regard transpirant la fierté. Il n'abhorrait guère le fait d'être à la tête d'un petit groupe, et pouvoir diriger à sa guise ces rigolos petits personnages le divertissait. Au moins, cette ordre de mission différait de celles qu'on lui avait offertes auparavant : détruire des sans-cœurs, récupérer un malade... En voilà une exigence originale!

    Lorsqu'un silence inquiétant vint emplir les lieux et qu'une série irrémédiable de bâillements vint faire valser les lèvres des maçons, Snow se redressa encore un peu plus et affirma d'une voix forte, virile, en plus de faire preuve d'une autorité presque crédible :


    « Maintenant que tout est... détruit, passons au nettoyage. À vos balais! »

    Amenuisé à de simples hommes de ménage, les quinze hommes posèrent dramatiquement et sinistrement leur massue sur les murs de l'Illusiocitadelle, chagrinés de devoir troquer une arme pleine de testostérone pour un instrument si... banal. Mais malgré tout, tels des ouvriers acharnés, on n'entendit aucun soupir et aucune jérémiade dans la salle, mises à part les complaintes incessantes du Blondinet grognon qui, depuis l'exorde de cette mission, n'avait point arrêté d'être défaitiste. Néanmoins, étant donné tous les autres maçons ne semblaient pas porter attention à ces constants geignements, Snow fit de même.

    Ainsi se mirent-ils au travail, sifflotant et fredonnant des chants interminables. Même si aucun d'entre eux ne fredonnait les mêmes symphonies, on avait l'impression d'assister à une authentique orchestre, comme celles qu'on voit dans les opéras, dans les grands théâtres ou même dans les films. Il y avait, dans cette cacophonie sonore, une beauté musicale qui venait faire danser et frémir les tympans de Snow. Ce dernier, clairement envoûté par la mélodie, se laissa entraîner lui aussi, murmurant quelques paroles incompréhensibles qui venaient s'ajouter aux autres.

    En deux temps trois mouvements, les planchers de la Citadelle qui jamais ne fut furent débarrassés de toute poussière et de tous débris perturbateurs. Le sol avait retrouvé une propreté presque pure, immaculé et reflétant avec une certaine sublimité la lumière des multiples lanternes. Snow, honoré par la dure labeur de ses hommes, jugea, sans trop savoir, que les planchers n'avaient jamais été aussi propres et aussi beaux. Certains maçons avaient même dégainé leurs brosses et leur cire pour bien faire briller le marbre : le Grand travailleur et le Nain ardu faisaient partie de ceux-là.

    Encore une fois, alors que la quinzaine reprenait place aux devants de Snow, celui-ci sourit de plus belle. Décidément, cette petite tâche s'annonçait plus rapide, et surtout plus aisée qu'il ne l'aurait cru. Bon, il est certain qu'il aurait pu mettre la main à la pâte pour accélérer les processus, mais il estimait que son rôle de contremaître était... suffisant. Bien qu'il s'était promis de les assister physiquement dans une éventualité quelconque, il prenait dans l'immédiat quelques instants pour se reposer des dernières semaines dans la Shinra qui, au contraire de ce qu'il aurait pensé, furent plus difficilement achevées. Mais bon, il ne pouvait tellement se plaindre de son poste, aussi misérable soit-il, dans l'association : on lui offrait un salaire décent en plus de plusieurs opportunités pour venir en aide aux gens.

    Cette fois-ci, Snow ne laissa pas le règne d'une quiétude s'entamer, et dit plutôt :


    « Maintenant, je suppose que vous savez quoi faire? À vos outils! »

    Alors qu'il espérait que des réponses positives et des sourires plus ou moins authentiques de l'ensemble du groupe, Snow fut inopinément confronté à une suite de complaintes. Cependant, dans le cas échéant, il ne s'agissait pas uniquement du Blondinet grognon : plusieurs autres maçons, insultés d'être exploités de cette façon et surtout par un maître si paresseux, échangèrent leur moue heureuse et soumise pour un air plus rude, plus maussade. C'était le cas entre autres du Gigantesque taciturne, du Quidam en bleu et du Menuisier siffleur qui, furieux, empoignèrent leurs outils et commencèrent à bâtir la structure des escaliers. Snow discerna ce changement de comportement, et voulut se rendre utile en participant activement aux activités actives des maçons. Il abandonna donc la Citadelle, dans l'espoir de trouver le camion qu'on avait rempli d'instruments d'ébénisterie et de planches de madrier, en plus de peinture, de couverture de marbre et d'une multitude de tissus à la texture variante. Mais comme s'il s'agissait d'un coup sardonique du destin, il s'égara. De fait, il n'était pas perdu au sens propre : il avait, par inattention, emprunté une succession de mauvais chemins, le guidant vers un lieu qui était tout sauf un hangar...

    * * *
    Le Quidam en bleu relâcha avec ire le marteau qu'il tenait. L'impact, brutalement bruyant, sembla faire fléchir le plancher sous ses pieds. L'écho alerta tous les autres charpentiers qui, identiquement, se retournèrent en sa direction. Puis, comme s'ils avaient préparé cette curieuse scène des années auparavant, chacun laissa tomber son outil, un après l'autre, tambourinant le plancher glacial de la Citadelle qui jamais ne fut. Les vibrations occasionnées par ce petit jeu engendrèrent presque un véritable séisme : les murs tremblaient, le plafond frissonnait, le plancher vibrait avec ardeur. Et, alors que le dernier d'entre eux venaient d'abandonner intrépidement ses boulons et ses écrous, le Quidam en bleu traversa la pièce la tête haute, le regard scintillant de révolution, jusqu'à atteindre le piédestal sur lequel Snow s'était installé auparavant.

    Pendant les premières secondes, il ne parla pas. Pourtant, tous semblaient comprendre ce qu'il voulait insinuer. Peu à peu, les visages naïfs des menuisiers prirent une teinte insurrectionnelle, alors que leurs joues s'empourpraient de colère et leurs yeux se fusaient d'un écarlate flamboyant. Le Quidam en bleu, triomphalement, leva sa main droite dans les airs, serra le poing et annonça :


    « N'en avez-vous pas assez, confrères? N'en avez-vous pas assez d'être lâchement dirigés par un homme qui ne fait rien? Shinra nous mène la vie dure depuis déjà plusieurs années, et voilà qu'un simple de ses subalternes réussit à nous prendre comme dans le vermine. Il est temps, camarades, de se révolter. Le dernier mot fut spécialement amplifié par un écho profond, comme si la vie elle-même était prête à ce soulèvement. Mes amis... Troquez vos marteaux pour des torches et des fourches, et allons mettre fin à cette histoire. Allons mettre fin à cette exploitation sordide. »

    Des cris s'élevèrent dans l'agglomération virile. Des cris féroces, des cris de jubilation, des cris de soulagement. Des cris qui transpiraient la révolution et le désir d'être enfin libre. Ces hommes méritaient de meilleures conditions de travail, des conditions à leur juste et pure valeur. Révolu le temps le subordination et des exigences; révolu le temps de la soumission... Révolu le temps de l'esclavage. L'affranchissement devait être imminent. À tout prix.

    Mais au même moment, une complainte fit volte-face au beau milieu du chaos révolutionnaire. Lentement, les charpentiers se turent pour discerner la source de cette jérémiade. Le Blondinet grognon, voyant qu'il pouvait enfin être écouté par ses collègues, prit la parole de sa voix usuellement insatisfaite :


    « J'aime pas ce Snow, j'aime encore moins ce Shinra, mais c'est lui qui nous fait vivre. »

    Des murmures vinrent emplir la pièce. Le Quidam en bleu ramena la salle à l'ordre.

    « Au moins, il nous paye. Et avec lui, nous sommes certains de pouvoir nourrir nos pauvres familles. »

    « Mais vous méritez mieux. »

    Snow, dans un salut honorable, apparut gracieusement sur le seuil de la pièce. Un sourire trônant sur ses lèvres, il s'avança vers la foule et tenta de se frayer un chemin au travers la foule. À chacun de ses pas, les menuisiers le bousculaient sans scrupule, comme s'il s'agissait d'un misérable personnage. Malgré tout, sa résistance physique lui permit de traverser l'agglomération sans trop de difficultés. Arrivé au piédestal, il prit place aux côtés du Quidam en bleu, qui le dévisagea avec une répulsion évidente. Snow baissa le regard et laissa tomber les seaux de peintures, les planches de madrier, les interminables rouleaux de tapis et les autres instruments qu'il avait réussi à porter.

    Mais alors qu'on le croyait intimidé, le Blizzard épique empoigna une massue et la brandit vers le firmament. Il répéta :


    « Mais vous méritez mieux. Vous méritez de meilleurs conditions. Vous méritez d'être reconnus pour votre talent et votre dévouement. Vous êtes des héros de la construction. Et les héros méritent toujours ce qu'il y a de mieux. »

    Il prit une pause dramatique, amplifiant l'intensité de l'instance :

    « Prenez vos massues, empoignez vos marteaux et dégainez vos écrous. Terminons cet escalier comme il se doit, et après, je vous promets qu'on ira voir Rufus Shinra, ensemble, tonna-t-il avec fierté. Montrez-lui de quel bois vous vous chauffez. »

    Indécis, tous les regards se tournèrent vers le Quidam en bleu. Ce dernier lança :

    « Et qu'est-ce qui nous prouve que tu honoreras ta promesse? »

    Snow ne répondit pas par des mots, mais bien par un geste ingénieux. Il abaissa son bras, traversa de nouveau la foule et s'approcha de la charpente de l'escalier. Sans trop savoir de quelle façon il devait travailler, il se mit à empiler des planches, défouraillant le marteau qui subsistait dans les poches de son manteau. Il cloua avec une maladresse banale, ou jusqu'à ce que le Borne triste qui, le visage déploré, vint assister Snow. Tranquillement, les quatorze autres menuisiers imitèrent leur confrère et se mirent à labourer dans le synchronisme d'antan. Il était beau de voir travailler tant d'hommes à l'unisson, à l'harmonie...

    Et cette fois-ci, ils fredonnèrent tous le même chant.

    En quelques heures, la charpente de l'escalier finit ultimement par ressembler à un escalier. Alors que certains prenaient une pause bien méritée, d'autres prirent la relève en terminant le travail. Ils s'armèrent de leurs pinceaux et de leurs rouleaux et peinturèrent en chœur les marches. Enfin, l'escalier se fondit dans le décor typique de la Citadelle, et quelques menuisiers encore téméraires accomplirent les dernières finitions. Mission accomplie.


    « Nous avons terminé. Mais ma mission n'est pas encore terminée, elle, proclama Snow en s'approchant de l'illustre piédestal. Maintenant, nous allons emprunter le premier vol pour le vaisseau-mère, et nous irons, ensemble, dire quelques mots à Rufus. »

    Ils étaient seize à épier avec un intérêt singulier la beauté de cet escalier de l'Illusiocitadelle. Seize quidams, quinze maçons, un stipendié de la Shinra, trente-deux bras, le même nombre de jambes, pas moins de trois mille os, un peu plus de dix mille muscles et quinze paires d'yeux (plus un œil esseulé) pour être plus précis. Mais pendant l'interstice d'un instant, ces hommes ne formaient plus qu'une seule entité.
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