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 Le temps d'une cigarette

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Mérope&Ézéchiel
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MessageSujet: Le temps d'une cigarette   Jeu 3 Jan - 14:41

Le temps d'une cigarette

Le train est bondé. Chaque personne est comme un mur qui m’emprisonne un peu plus, qui me fait suffoquer, qui m’empêche de bouger. Je suis assis entre deux personnes. Je ne suis pas à l’aise. Tout le monde me regarde. À moins que ce soit moi qui les regarde? J’ai l’impression de me mettre à nu devant tous, de ne plus me tenir aux aguets. Je suis sans défense, et les autres ne sont pas sans offense. Ils se bousculent, chancellent les uns par-dessus les autres, perdent le sens de la courtoisie. Les masses se déplacent sans cesse. Je ne sais plus si je suis dans un train ou au milieu d’un champ de bataille.

Le train est bondé. Les gens discutaillent un peu trop fort, un peu trop haut, un peu trop fièrement. Ils parlent de leur passé, de ce qu’ils sont, de ce qu’ils ont. Tout le monde semble familier et inconnu à la fois. On parle avec hargne de la vie, on commère sur un voisin inhabituel et on épilogue sur les mauvais coups du destin. Ces gens sont-ils heureux, parfois? Ces gens parlent-ils de la vie en tant que don, du voisin en tant qu’agréable différence et du destin en tant que fâcheux hasard qui offre des bas, mais aussi des hauts? Ils ont la liberté pourtant, c’est tout ce qui devrait importer.

Ils ont oublié comment porter attention aux petites choses de la vie.

Mon séjour en prison ne fut finalement pas la pire des initiations. J’ai au moins appris que la liberté était la plus belle des banalités. Dans le feu de l’action et de la soumission, mes pensées, évidemment, effleuraient le désespoir. La rétrospection m’offre une perspective totalement différente. Rien de pire que d’avoir goûté à la liberté. Rien de mieux non plus.

Et le train est bondé. De plus en plus bondé. Je suis de moins en moins à l’aise. Je me sens de plus en plus chuter et de moins en moins confiant. Il part. Il s’envole. Il traverse des mers stellaires. Personne ne les regarde. Personne ne se retourne pour contempler la beauté de l’infini. Personne ne dérive de sa conversation pour demeurer en silence et admirer. C’est beau, pourtant. C’est magnifique. Je m’imagine nager dans ces océans d’étoiles avec indépendance et liberté. Je m’imagine m’égarer, mais apprécier chaque seconde de ma perdition. Je m’imagine… Je suis ahuri par le panorama, mais je suis esseulé dans ma contemplation. Ce miracle naturel échappe à tous ces gens.

Ils ont oublié comment porter attention aux petites choses de la vie.

Je ne sais pas trop où tout cela me mènera. J’ai suivi les vieux souvenirs en empruntant ce train, sans trop savoir ce que je faisais. Je ne le sais pas encore présentement. J’espère que le hasard me guidera cette fois-ci vers des terres calmes et sereines, mais je n’espère pas trop : le hasard n’est jamais clément avec moi. Alors je me dis en silence que la vie s’acharne sur ceux qu’elle aime. Je me mens, mais c’est un si beau mensonge.

Je crois que je n’ai pas décroché l’œil du paysage céleste de tout le voyage. Je n’ai émergé de mon sommeil éveillé que lorsque le train est arrivé à destination. À cet instant-là, je me lève dans l’espoir de pouvoir me retrouver seul, de pouvoir regarder la quiétude, de pouvoir dire le vide, de pouvoir écouter l’infini. Toutefois, mes espoirs sont réduits à néant alors qu’on nous dirige vers de minuscules navettes qui nous transportent encore pendant quelques minutes. Je ne suis pas agoraphobe : je tolère en général les foules, mais uniquement celles qui sont silencieuses.

Je me perds dans mes pensées trop longtemps, mais juste assez longtemps pour en avoir oublié le dernier périple de la journée. Quand je reviens à la réalité, le véhicule se pose sur la terre ferme. Je n’attends même pas une seconde et je sors. On me demande de payer, mais je n’écoute pas. Je pars, je me faufile entre deux attroupements et je disparais, ni vu, ni connu. Surtout pas connu. L’anonymat n’est pas une mauvaise chose.

Je marche. Je déambule. Les décors qui se dessinent devant mes yeux me sont inconnus, mais la non-connaissance n’est pas une mauvaise chose. J’apprends à connaître les paysages, à admirer les moindres détails de ce nouveau macrocosme qui s’ouvre à moi : je ne regarde plus les arbres, mais chacune des parcelles d’écorce; je ne regarde plus les bâtiments, mais chacune des briques, chaque centimètre du mortier qui les unit; je ne regarde plus les gens, mais ce qui font d’eux des êtres uniques. D’ailleurs, la plupart d’entre eux sont assez excentriques : ils arborent des coiffes qui défient la gravité, des accoutrements colorés à souhait et même une horde de bijoux et de joyaux aux formes particulières. Ils ne remarquent même pas le boulet à ma cheville, ni même les chaînes qui me serrent les poignets. Ils ne me jugent pas, ne me dévisagent pas. Qui sont-ils pour accepter ce que je suis?

J’ai l’impression d’errer dans un jardin. Un jardin où les gens sont des fleurs qui s’épanouissent et où les maisons d’incroyables baobabs qui affrontent l’ardeur du soleil. C’est un radieux jardin dans lequel je m’enfonce.

Au loin, des gens sont attroupés et fredonnent en chœur des chants que je ne connais pas, mais que mon cœur reconnaît. Pourtant, alors que les foules bruyantes me rebutent habituellement, je me sens soudainement captivé. Je m’approche discrètement sur la pointe de pieds, tentant de regarder par-dessus la tête des quidams. Je vois, au centre d’eux, cinq personnes qui dansent et qui s’amusent. Ils ne sont pas synchronisés entre eux, mais leur chorégraphie respective donne l’impression d’une singulière unité. Ces gens ne sont pas silencieux, mais la mélodie qu’ils créent de leur bouche octroie l’effet d’une harmonie symphonique, faisant agréablement vibrer mon tympan.

Je veux voir de plus près. Ma curiosité le veut, en tout cas. Je tente de me frayer un chemin entre les gens, m’excusant un peu plus à chaque fois, ou jusqu’à ce j’atteigne la première rangée de l’attroupement. Aux premières loges, je peux maintenant admirer la grâce et la prestesse de ces danseurs. C’est si beau.

Dans mon dos, je sens tout à coup une pression qui m’oblige à m’avancer. Je résiste du mieux que je peux, mais mes jambes fléchissent rapidement et je me retrouve en plein cœur de l’agglomération. Une femme se joint à moi, place mes mains et se met à virevolter d’un côté et de l’autre. Je suis plaisamment manipulé par cette demoiselle qui guide mes pas, mes mains, mes hanches et mes tournoiements. Pendant l’espace d’un instant, j’ai l’impression d’être un ange aussi léger qu’une plume qui est sur le point de s’envoler, mais qui, au dernier moment, est retenu par la tendresse d’une dame. Cette dernière est d’ailleurs si souple et si agile qu’elle ne perd jamais pied dans mon boulet, se contenant de bondir par-dessus et de l’éviter d’un mouvement de jambe habile. Et je ne sais quelle force surnaturelle qui prend possession de mes bras, mais alors que la chanson tire à sa fin, la jeune femme finit dans le creux de mes coudes, avant de repartir en posant un baiser sur mes joues. Que vient-il de se passer?

Je reste stupéfait quelques instants, ne bougeant pas d’un seul centimètre. Alors que les gens m’acclament (à moins qu’ils n’acclament autre chose), je reviens à la réalité et je me détache du groupe. J’ai chaud. J’ai terriblement chaud. Mes joues sont enflammées, mon cœur est embrasé à la fois d’une fatigue physique et d’un effarement psychologique. Je parviens à tituber une minute ou deux avant de discerner une place libre dans ce qui semble être un café. Je m’écroule littéralement sur une chaise, celle-ci se brisant presque sous l’impact.

Et je respire un peu (beaucoup), avant de me rendre compte que je ne suis pas seul et qu’à l’autre bout de cette table, une autre jeune femme toute de bleu vêtue est assise et me regarde. La paume de ma main se dirige machinalement vers mon front et je me sens tout d’un coup diablement impoli. Je ne trouve rien d’autres à dire que ces ridicules paroles :


« Oh! désolé, mademoiselle. Je ne vous avais pas vue. J’étais trop concentrer à reprendre mon souffle. »

Je me lève, mais je me rassois. Après tout, pourquoi quitter?

« Où sommes-nous en fait? Je n’en ai aucune idée? »

C’est vrai… Je n’ai absolument aucune idée d’où je suis. Je n’ai jamais rencontré ces lieux dans les méandres de mon passé et je crois n’en avoir jamais entendu parler. Je regarde furtivement autour de moi à la recherche d’un repère géographique afin de me situer. Je n’ai pas tellement envie d’avoir l’air d’un ignorant face à cette dame qui, d’apparence, semble cultivée et instruite. Puis j’arrête brusquement. Je suis inculte. Je ne connais rien, pourquoi le cacher? Si la personne qui est assise devant moi est à l’image de la population des environs, elle ne me jugera pas. Je l’espère, en tout cas.

Je me calme donc et je prends le temps de terminer de haleter. Je prends aussi le temps, contre mon gré, d’épier mon interlocutrice d’infortune. Elle est décidément belle, mais elle ne m’apparait pas tellement excentrique. Elle ne porte pas de haut-de-forme démesurés ni de vêtements inusités, mais elle mord entre ses lèvres un étrange bâton qui fume.


« C’est banal, ici, ces danses en groupe? », que je demande, embarrassé par mon emportement visuel.

Je suis moi-même surpris d’entendre mes propres dires. Contre toute attente, j’ai apprécié cette valse. J’ai apprécié ce moment de proximité avec une autre personne. J’ai apprécié cet instant d’allégresse, de confiance, mais surtout de liberté.
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Mérope&Ézéchiel
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MessageSujet: Re: Le temps d'une cigarette   Sam 5 Jan - 17:13

Je ne sais pas tout à fait ce que je fais, mais je le fais bien. Je crois, en tout cas. Je l’écoute parler, je considère ses mots, je les interprète et je les ressens les uns après les autres. Je les ressens véritablement parce qu’ils m’intéressent, non pas parce que j’en suis obligé. J’ai vu de ces individus qui, dans le train, entendaient sans même écouter ou qui écoutaient sans même considérer. Ils ne répondaient que par des murmures inaudibles ou des mouvements de tête insipides. Je peux fièrement supposer que je ne suis pas de ces gens. Lorsque quelqu’un quitte le confort de ses pensées pour s’ouvrir et pour faire entendre sa voix, l’unique réponse doit être l’écoute. J’écoute, c’est la moindre des choses.

Elle aurait pu monologuer durant des heures et je l’aurais écouté avec ce même intérêt. Je ne pourrais dire si l’ambiance festive des environs influe sur mon humeur, mais j’ai l’impression que j’aime l’entendre parler. Pas seulement, elle. J’aime entendre parler. J’aime entendre des syllabes qui se succèdent pour former des mots et qui deviennent, au fil des phrases, de véritables mines d’or d’informations et d’émotions. J’ai trop longtemps été esseulé pour ne pas apprécier la voix des autres. Les gens ont oublié à quel point il était bon de discuter, d’entendre et de se faire entendre.


« Tu es dans le Jardin Radieux, capitale des Cités dorées du Consulat. »

Je ne comprends pas ce qu’elle dit. Je ne sais pas ce qu’est le Jardin Radieux, je ne sais pas ce que sont les Cités dorées, et j’ignore ce qu’est le Consulat. Ce n’est pas désagréable de ne pas savoir. Je ne sais rien, mais ce n’est pas irréversible. J’ai l’opportunité de connaître, d’explorer, de découvrir. J’ai probablement encore cette naïveté qui habite les enfants. Tout reste à découvrir. Des acres de terres inconnues m’espèrent quelque part, et j’espère les fouler à mon tour.

Je me suis perdu. Perdu quelque part dans le futur et j’en oublie presque la présence de cette demoiselle. Elle me ramène à la réalité :


« Pendant les fêtes on assiste souvent à des danses de ce genre, oui. »

Je regarde du coin de l’œil un autre attroupement qui se forme à quelques pas de moi. J’ai envie de les rejoindre, de danser, de tournoyer et de ne me pas m’en faire avec le temps. Peu à peu, je reprends conscience de ma situation et ces valses communes me rappellent que je peux, maintenant. Je peux.

« Alors, le Balafré... Qu'est-ce qui t'amène ici, si tu ne sais même pas où tu es? »

« Skjöld, que je réponds instinctivement en omettant volontairement sa question. Mon nom est Skjöld, du Domaine enchanté. »

Je remonte ma capuche, cachant ce qu’elle dit être une cicatrice qui traverse ma joue, puis ma tempe. Je suis tout de même surpris, car je n’avais jamais constaté, avant ce moment, cette blessure à mon visage. Maintenant qu’elle en parle, je sens ma balafre chauffer. Quand on ne sait pas, ça ne fait pas mal…

Pour la première fois, j’arrête de bouger et de regarder partout pour observer mon interlocutrice. Je tente d’être le plus discret possible, mais je suis hélé par le physique de cette jeune femme. Elle ne ressemble à personne que j’aurais vu dans le passé, ni aux danseuses que j’ai rencontrées, ni aux passants que j’ai vus au Domaine enchanté. Elle m’interpelle. Elle me déconcerte. Je ne comprends pas trop comment elle fait ça, mais je n’en porte pas tellement attention. J’ai tant de questions. J’ai tant d’interrogations. Je n’attends donc pas une seconde de plus pour l’assaillir :


« Vous parliez du Consulat? Qu'est-ce que c'est? »

Je dépose mes poignets sur la table sans aucune hésitation. Mes chaînes détruisent l’atmosphère ambiante, mais je me sens bien vis-à-vis de cette décision. Les résidents de cette capitale, le Jardin Radieux, ne jugent pas. Pourquoi le ferait-elle?

« C’est vraiment une drôle de ville dans laquelle vous vivez. »

Je me tais quelques secondes et je souris.

« Les gens me regardent normalement, ici. Je viens d’un endroit où on m’aurait battu parce que je porte des chaînes au poignet et un boulet au pied. »

Je ne m’attends pas à ce qu'elle comprenne. Je ne m'attends pas non plus à ce qu'elle soit véritablement intéressée par ce que je déblatère. Je m’attends simplement à ce qu’elle écoute, parce que j’en fais autant.

« Tout le monde est heureux. Tout le monde semble comblé. »

Je veux cesser de parler pour lui laisser la chance de s’exprimer, mais mon cœur en décide autrement. J’ai l’impression qu’il veut se débarrasser de toutes les amertumes qui se sont accumulées. J’en perds mes limites, mon inhibition. D'un côté, cela me fait un bien incroyable, mais de l'autre, j'ai peur de l'effrayer. J'ai peur d'effrayer quelqu'un qui pourrait m'écouter et qui pourrait m'aider à mieux comprendre. Qui pourrait m'aider à mieux profiter de la liberté qu'on m'a offerte.

« Je suis venu ici en train. Les gens, dans le train, n’aimaient pas la vie. »

Je me rends compte que c’est absurde.

« Vous aimez la vie? »
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Mérope&Ézéchiel
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MessageSujet: Re: Le temps d'une cigarette   Sam 5 Jan - 20:50

Je ne veux plus partir. J’appartiens à ce monde, et non pas à cette fausse divinité qui me sert de maître. Je suis assis, en ce moment-même, en plein cœur de ce que j’espérais après mon affranchissement. J’ai l’impression que ces radieux jardins forment en fait une métaphore grandiose de ce qu’est la liberté à mes yeux. Les gens autour de moi sont joyeux, vivent sans restrictions, sont libres comme l’air et ne sont rattachés à rien. Ils dansent, ils jouent, ils attendent, ils discutent, parfois ils sont probablement très tristes, mais ils le font tous avec une certaine passion que je jalouse. Je vois dans leurs yeux qu’ils sont heureux, je l’entends dans leurs rires, je le ressens dans leurs valses. Je ne veux plus partir. J’appartiens à ce monde.

Est-ce que tout est une question de perception? Pourquoi les gens sont-ils heureux ici et pas ailleurs? Pourquoi les gens ne dansent parce qu’ils en ont envie au Domaine enchanté? Pourquoi les gens ne s’amusent-ils pas parce qu’ils sont las dans les trains? Le bonheur est un phénomène, la liberté aussi. Je ne peux croire que j’ai été encloîtré pendant tout ce temps et que je n’ai pas pu apprécier la vie. Je veux aimer. Je veux pleurer. Je veux danser. Je veux partir, m’abandonner, me perdre. Je veux, tant que je le fais avec passion, et par ma propre volonté.

Je déraille… Encore et encore. Mais personne ne me réprimande parce que je déraille. Personne ne vient me battre parce que je divague. Personne ne vient m’arrêter pendant mon errance. Personne…

Je me demande si elle est heureuse. Ici, elle ne peut pas être malheureuse. Il règne dans ces lieux un sentiment de confiance qui m’a tout de suite interpellé quand je suis arrivé ici. On peut parler au voisin sans avoir peur de sa réaction. On peut danser dans les rues sans s’en faire avec les jugements des autres. Elle doit donc être heureuse, il n’y a pas d’autres choix.

Mais je suis inquiet, tout de même. Elle prend ma main d’une façon qui me laisse perplexe. Son regard est trop profond et pas assez naïf. Doit-on nécessairement devenir profond lorsqu’on expérimente, ou n’est-elle qu’une simple exception? Je dois avouer que je n’ai pas envie de finir comme ces gens qui tombent dans la routine ou qui vivent dans le passé avec regrets. La liberté est trop éphémère pour être regrettée. J’espère seulement que derrière cette profondeur se cache quelques lueurs de bonheur.

Et elle continue de tenir ma main. À moins que ce soit moi qui la tienne? Je ne sais plus, et je ne sais pourquoi je fais ça, mais je le fais. Je me lève d’un bond, je la tire avec moi, je me fraye un sentir parmi les cuisiniers et les serveurs alors que je subtilise une plume et du papier au passage. Je la tiens toujours. Je ne la lâche pas. Je suis probablement très impoli. Elle doit probablement se demander ce que je fais, mais c’est plus fort que moi. Je veux que la profondeur dans ses yeux disparaisse un moment et que, pour l’espace d’un instant, elle puisse regarder avec crédulité et insouciance.

C’est si beau l’insouciance. C’est triste que certains oublient comment l’être.

Je l’extirpe donc de cette ville et je l’amène au hasard à un endroit plus serein. J’emprunte des avenues au hasard, en faisant comme si je sais ce que je fais, mais ce n’est pas le cas. Je crois même que je me perds, mais je finis par retrouver mon chemin avant de m’égarer de nouveau. Je suis très heureux lorsque je vois apparaître une fontaine énorme au milieu d’une cour. C’est exactement ce que je voulais. C’est exactement ce qu’il nous fallait.

J’arrête de courir brusquement et je m’assois dans les escaliers un moment, en attendant qu’elle m’imite. Je suis satisfait de mon coup, mais j’espère seulement qu’il se terminera bien. Je ne veux pas avoir l’air d’un idiot devant cette inconnue dont je ne connais même pas le nom.


« Tu me fais confiance? », que je lui demande presque silencieusement.

Je me mets à rire. Je n’attends pas une réponse de sa part. J’ai prononcé ces quelques mots que pour détendre l’atmosphère, que pour préparer mon coup. Je veux qu’elle soit intriguée, qu’elle se demande ce que je vais faire, qu’elle soit inquiète de savoir si son existence est compromise ou non. Je veux qu’elle ne sache rien et qu’elle appréhende tout. Car c’est ça, la beauté des choses. Entrer et ne pas savoir ce que l’on va trouver de l’autre côté de la porte. Entrer et être surpris. Entrer et ne pas regretter.

Je reprends donc le papier que j’ai volé et je prends appui sur mes genoux. Je dégaine cette fois-ci la plume et je pense un peu. Je pense assez longtemps. J’oublie qu’elle est là tellement je pense. Mais je sais qu’elle est toujours là. Je sais qu’elle est intriguée et qu’elle veut savoir. Et je sais qu’elle ne partira pas avant que j’aie fait ce que j’ai à faire.

Je fais donc ce que j’ai à faire. Je commence donc à écrire d’une main sûre sans la regarder. Je lis toutefois ce que je note à voix haute, de façon à ce qu’elle soit au courant de tout ce qui se passe.


« Tout à coup, alors l’innocence quittait le corps de deux camarades, … »

J’essaie d’écrire, mais je tremble trop. J’ai l’impression de tout savoir soudainement et d’être aux proies au désespoir comme tous ces hommes qui vieillissent trop vite et qui oublient d’aimer. La vie est une fatalité qui se termine toujours mal. L’amour n’existe pas. L’amitié n’existe plus. Les passions sont futiles. Le bonheur est une invention de l’homme. Rien n’existe plus. Le monde sublime et joyeux comme je le connaissais disparaît. Tout se terminera mal. Elle n’appréciera pas. Je mourrai seul.

« … mais alors qu’entre deux une confiance se solidifiait, … »

Ce n’est pas moi qui aie écrit ses mots, c’est quelque chose de plus fort que moi. Je ne connais pas cette femme, je ne sais pas ce qu’elle est, ce qu’elle fait, ce qu’elle veut, mais j’ai alors une confiance irréfutable en elle. Je sais que si je tombais, elle serait là pour me rattraper. Je sais que si je mourais, elle serait la première se rendre au-dessus de mon cercueil pour verser quelques larmes tristes. Je sais que si j’échouerais, elle me prendrait pas les épaules et me dirait que j’ai réussi. Elle ne peut m’abandonner.

« … des moutons célestes au pelage réconfortant descendirent de la voûte pour les sauver des regrets. »

Des nuages se dessinent dans le ciel, des nuages grisâtres et inquiétants. Mais aussitôt le ciel se calme et se divise en deux. En émergent deux moutons à la fourrure aussi blanche que neige qui planent longuement avant d’atterrir. Les chimères s’approchent, bêlent en chœur et n’attendent qu’on se lève. Je me remets donc sur pieds le premier. Je propose un large sourire à mon interlocutrice et je l’invite à me joindre, alors que je grimpe sur le premier mouton.

« Voici nos montures pour la journée, mademoiselle, que je dis fièrement. Vous verrez, vous vous sentirez très bien. Ces moutons ont un don très particulier, celui de rassurer les âmes tristes et de guérir les blessures superficielles. »

Je me tais un moment.

« Vous n’avez toujours pas répondu… Aimez-vous la vie? »
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Mérope&Ézéchiel
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MessageSujet: Re: Le temps d'une cigarette   Dim 6 Jan - 20:07

Plus elle parle, plus je suis déçu. Je ne suis pas déçu parce que j’ai mal agi, ou que mon idée était mauvaise. Je ne suis pas non plus déçu parce qu’elle considère les moutons comme des créatures sans intérêt, ou pire, comme de simples choses. Non, je suis déçu parce qu’elle ne sait pas comment profiter. Elle ne sait pas comment c’est difficile d’être arraché à sa liberté pendant plus de dix ans. Elle ne sait pas ce que c’est d’être soumis à une routine à laquelle on ne peut déroger. Elle ne sait pas comment c’est bon de battre ses propres sentiers. Je suis déçu.

De l’autre côté, plus elle parle, plus je ressens le besoin de percer cette coquille qui la retient dans une profondeur d’esprit trop intense. Je ne sais pas qui elle est, mais je sais au moins qu’elle n’est plus insoucieuse. Une âme insoucieuse aurait grimpé sur ses moutons et aurait apprécié le périple. Une âme insoucieuse aurait accepté de sortir de son confort. Je ne peux pas abandonner. Je refuse de me résigner à laisser cette femme périr dans ses problèmes. Je suis si prêt du but.

Mais de quel but? Pourquoi je m’acharne tant sur elle? Pourquoi je me bats intérieurement pour une personne que je ne connais pas et pour une personne qui m’oubliera quelques minutes après la fin de notre rencontre? Suis-je si absurde? Non. En fait, peut-être… Je ne sais pas! C’est plus fort que moi, plus fort que ma volonté. Je suis incapable de vivre dans ma propre liberté tranquillement… J’ai l’impression que je dois aussi vivre dans celle des autres

Ainsi, toujours sur mon mouton, je regarde mon interlocutrice qui se raidit un peu plus à chaque seconde. Elle ne semble pas particulièrement amusée par l’idée de déambuler lentement sur des chimères venues d’un monde que je ne connais pas encore. Je ne comprends pas… Sa réaction m’échappe. J’essaie de comprendre, je dois comprendre.


« Pourquoi? que je m’interroge en m’écriant presque. Vos arguments ne sont pas valables! »

Les miens non plus, d’ailleurs. J’essaie de me mettre à sa place : pourquoi une demoiselle si bien vêtue et si bien posée accepterait de grimper sur des moutons issus de je-ne-sais-où et appelés par un jeune homme qu’elle ne connait pas? C’est ridicule. Je ne pense même pas que moi j’accepterais une telle offre venant d’un inconnu. Je tente donc une dernière tentative, après quoi je me résignerais :

« Pourquoi? »

Échec. Je n’arrive même plus à enligner les mots tellement je suis désappointé par ma propre défaite. Je descends donc de mouton sans attendre une seconde de plus. Je ne sais pas si je suis furieux contre moi ou furieux contre elle. Contre moi parce que je n’ai pas réussi à la persuader – même que je n’ai pas tellement réussi à argumenter – et contre elle parce qu’elle ne veut même pas essayer. Elle semble trop coincée dans des normes qu’elle a elle-même bâties. Je ne comprends toujours pas…

Instinctivement, je me rapproche de la fontaine et les deux moutons me suivent comme si je parvenais à les guider par la simple puissance de ma pensée (est-ce le cas)? Ils marchent quelques instants en bêlant et au moment où je m’arrête, ils cessent de se promener eux aussi. Toujours par la pensée, je réussis à les faire avancer un peu, de façon à ce qu’ils se couchent parallèles avec la fontaine grandiose qui trône au milieu de cette cour extérieure. Je suis moi-même stupéfait de mes capacités, mais je dissimule mes émotions. Je joue la carte du jeune homme qui est déjà au courant de ses compétences.

Sans la regarder encore, je m’assois contre la laine de ces moutons et je me mets à regarder l’eau qui danse et qui chante devant moi. C’est un drôle de moment que je vis-là. Je ne pensais pas qu’on puisse éprouver de tels sentiments d’allégresse en contemplant seulement une fontaine. J’ai l’impression d’être serein. J’ai déjà pardonnée mon interlocutrice, même si, au fond, je ne lui en ai jamais voulu. Elle ne mérite pas ma colère. Ses gestes ne sont peut-être pas cohérents, mais ils sont compréhensibles.

Enfin, je me retourne vers elle. Elle se tient toujours debout, les mains sur les hanches et son regard est toujours aussi sévère. D’un geste de la main, je l’invite à nous rejoindre, les moutons et moi. Je ne la vois pas arriver, mais je sais qu’elle regarde la laine des bêtes avec autant de répulsion. Je ne comprends pas : la laine est d’une douceur infinie et quand on est emmitouflé dans leur pelage, on se sent si bien. Tous les maux du monde disparaissent pendant l’espace d’un moment pour laisser place à un calme inégalable.

Elle est plus près, mais elle n’est toujours pas assise. Je la rassure donc :


« Allez, n’ayez pas peur. Ils ne vous mangeront pas. Je ne vous demande pas de chevaucher un mouton, je vous demande seulement de vous adosser contre eux et d’admirer la fontaine, que je dis en caressant la créature qui se trouve derrière moi. À défaut d’avoir un café ou un verre de vin, nous avons au moins une vue incroyable, n’est-ce pas? »

Je n’attends pas qu’elle réponde ou même qu’elle murmure et encore moins qu’elle me joigne avant de continuer.

« Vous parliez du Consulat toute à l’heure… Je ne sais toujours pas ce que c’est. »

Je rigole un moment, en repensant à la tournure de notre discussion. Puis, je ressens le besoin de poser une question supplémentaire, une question que je considère beaucoup plus importante qu’un simple emmagasinage de savoir.

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MessageSujet: Re: Le temps d'une cigarette   Mar 22 Jan - 14:06

Je m’accroche à ses paroles comme on s’accroche à quelque chose d’important, à quelque chose qui nous dépasse et qui nous fascine. Ses palabres se succèdent, ne se ressemblent pas et enchantent chaque fois un peu plus mon esprit. Elle est une artiste, au fond d’elle, sans équivoque; elle parle comme si elle en était une. Ses mots sont beaux, sa voix est enivrante et ses gestes sont gracieux. Comme une artiste. Et je m’accroche à cette artiste sans la connaître, mais en espérant sonder son âme un peu plus.

Et elle parle d’art, du Consulat, de ses membres et de sa beauté. Elle parle en métaphores et en longues périphrases, mais curieusement, je saisis l’essence de son message et bien plus. J’ai l’impression d’en connaître un peu plus sur ces jardins radieux et sur ce monde qui s’ouvre sans cesse à moi. La curiosité me pique, et j’ai envie de visiter chaque confins, chaque frontière et chaque recoin de ma liberté. Ses paroles ne font qu’amplifier mon désir d’explorer… et mon désir d’en apprendre plus sur elle, sur ce qu’elle fait, sur ce qu’elle ressent, sur ce qu’elle veut. Il y a, dans cet affranchissement comme chez elle, un je-ne-sais-quoi qui me garde vif.

J’ai envie de plonger dans son regard profond et de me baigner dans ses pensées. J’ai l’impression que, de par ses mots, elle m’engouffre dans une curiosité qui me ronge, mais qui me ronge plaisamment. « Je veux te connaître. » Je murmure mes syllabes dans le vent avec tant de faiblesse qu’ils s’égarent entre deux bourrasques. Elle ne semble pas l’avoir entendu, ni vu, ni aperçu. Je me contente de sourire. Elle se contente de renchérir :

« Petit oiseau perdu, quelle est la mécanique de ton cœur, quel est le son de sa voix? Dis-moi comment il chante quand tu es triste, dis-moi comme il crie quand tu as mal... Dis-moi comme il danse quand il est libre. »

Elle parle si doucement que je peine à percevoir sa voix, mais je crois comprendre l’essentiel. Je ne sais pas comment réagir, quoi répondre ou quoi rajouter. Je me satisfais alors de par le silence qui rétorque à ma place. Puis, comme épris par une force qui me surpasse, je fais balancer mes hanches subtilement et je me rapproche d’elle. Pour mieux l’écouter. Pour mieux l’entendre. Pour mieux considérer ce qu’elle a à me dire et à me raconter, car ce sont probablement des fables incroyables qui se bousculent dans ses souvenirs.

… Mais décidément, elle ne rajoute rien, elle ne soupire même pas. Elle regarde la fontaine qui se trouve devant elle en silence. Je l’imite. Pourtant, malgré la quiétude, l’atmosphère reste détendue et calme, sans malaise. Je me sens bien. Je me sens paisible. Je ne vois plus de barrières, plus d’obstacles et plus de barreaux, que des horizons qui se perdent dans l’infinité et dans la liberté. Je me sens paisible.

Je me retourne vers elle. À bien y penser, il y a tant de questions qui trottent dans ma tête et qui ne demandent qu’à être bombardées, mais j’hésite. Je ne veux pas l’encombrer. Elle n’a pas demandé à accompagner un inconnu comme moi. Timidement, j’ose alors une autre question, en acceptant cette fois-ci de me résigner à lui demander si elle aime la vie.


« Les membres de ce Consulat sont donc tous des artistes? Vous devez donc en être une vous aussi… Parlez-moi de votre art. »

Avant qu’elle réponde, je prends quelques secondes pour la contempler et supposer. Elle est peut-être danseuse, après tout. Sa démarche est souple, ses mouvements sont grands et gracieux et son corps est aussi svelte que ceux des danseuses qui m’ont entraîné dans la ronde. Elle pourrait être peintre, aussi. Ses vêtements sont agencés avec une certaine perfection. Les couleurs s’assemblent, se ressemblent et s’accompagnent. Elle sait jouer avec les couleurs, la beauté des choses, comme un peintre. Mais également, elle pourrait être une musicienne… ou, mieux, une chanteuse. Sa voix est douce, mélodieuse. Ses paroles sont justes et envoûtantes. Oui, elle doit être une chanteuse.

Et si elle est écrivaine, elle aussi? Il y aurait tant de choses à raconter. Son regard est profond et truffé de souvenirs, de mélancolies, de déceptions et de joie. Elle aurait tant à dire.


« Vous savez, moi-même je suis un peu artiste. Je suis écrivain. »

Que j’ajoute avec une fierté certaine qui apparaît fort probablement sur mon visage. Après tout, je suis comme eux, comme les membres du Consulat. Je m’épanouis de mon art, je vis en partie pour l’écriture et c’est la seule chose qui garantit à la fois ma liberté et ma soumission.

C’est l’art qui m’embrase et qui me permet le meilleur comme le pire.
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Mérope&Ézéchiel
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MessageSujet: Re: Le temps d'une cigarette   Jeu 24 Jan - 21:54

Je ne peux plus me contrôler. Je ne suis plus en possession de mes moyens. Je ne suis qu’un pantin dont on tire les ficelles. Je suis l’armure d’un démon. Je suis une marionnette qu’on manipule. Je ne sais pas ce que je suis, mais je ne suis pas moi. Mes esprits sont troublés, mes souvenirs aussi. Je sens mon cœur se débattre et ma peau surchauffer. Je veux la sentir près de moi, c’est plus fort que moi. Je l’étreins, c’est plus fort que moi. Mes lèvres s’approchent dangereusement des siennes, c’est plus fort que moi. J’ai peur. J’ai froid. J’ai affreusement chaud. Je suis nerveux. Je suis heureux. Je n’en sais rien. À quoi bon?

Je n’ai plus de doute. J’ai besoin d’elle, de ses mains dans les miennes, de son souffle qui se mêle au mien, de sa peau, de ses cheveux qui s’ébouriffent à travers mes doigts, de son espoir. J’ai besoin d’elle. Je rectifie : je suis en pleine possession de mes moyens. Je ne suis pas fou. Je ne suis pas cinglé. Je suis simplement éperdument attiré par cette jeune femme. Nos lèvres sont sur le point de s’entrechoquer. Je sens son haleine qui m’embrase le menton. Je… Je sens que… J’ai besoin de l’embrasser. C’est vital. J’en ai tant besoin que je peine à respirer. Je cherche mon souffle, je le cherche dans le sien. Je…



Rien. Je me calme, je m’assoupis. Je n’ai plus de tension en moi, je redeviens tranquillement placide. Pourtant, ma respiration demeure rapide pendant un bon moment et mon cœur refuse de ralentir. Je suis ému, ému par quoi? Je ne sais plus. Je suis simplement troublé par tout ce qui vient d’arriver, par ce désir si grandiose qui s’est estompé aussi rapidement.

Quand, contre toute attente, elle vient poser un baiser sur ma joue, ce désir charnel et cette volonté de vouloir coller son corps contre le mien change drastiquement. Dès lors, j’ai une furieuse envie de la connaître davantage, de percer sa façade, de la découvrir et de pouvoir admirer la personne qu’elle est. Je veux donc parler, je veux continuer de lui poser mille questions, mais j’en suis incapable. Mes mots sont trop timides. Je suis trop timide. Je suis embarrassé par mon emportement et par ma propre ivresse qui a conduit à ce fâcheux malaise.

Est-elle mal à l’aise? Qu’est-ce que j’ai fait? Elle ne voudra plus jamais entendre parler de moi. Elle me fuira du regard et elle m’oubliera. Je suis destiné à être seul et oublié. Je suis destiné à vivre dans une solitude des plus complètes. Le destin s’acharne sur moi et ne veut pas que mon visage se retrouve dans les souvenirs de quelqu’un d’autre. Je mourrai incognito, oui, enchaîné à l'Unique, enchaîné à ses ordres et enchaîné à ses multiples exigences. C’est ce qui arrivera.

Face à cette situation, je ne sais pas quoi faire. Je sens mes joues s'empourprer alors que l'endroit exact où elle a déposé ses lèvres brûle. Je brûle intérieurement. Tourmenté, je capitule et fais ce que je fais de mieux : fuir. Je me relève d’un bon et je détale. Je déguerpis en ne laissant même pas un regard derrière moi. Je ne murmure qu’un « désolé » en retrouvant le chemin du quartier résidentiel.

Elle ne veut probablement plus me voir. Je ne veux plus me voir.

...

Mais je veux la voir... Je veux la revoir.
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