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 Twisted Fate

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Mérope&Ézéchiel
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MessageSujet: Twisted Fate   Ven 11 Jan - 18:05

Une dame, trempée par la pluie torrentielle de septembre, pénétra dans la cathédrale de Notre-Dame-de-Paris en panique. En courant, elle traversa la nef, extirpant les quelques âmes en peine de leurs prières et de leurs supplications. En temps normal, elle aurait respecté la quiétude des autres, mais l’inquiétude s’était emparée de son âme à un tel point qu’elle en oublia tout ce qui vivait à côté d’elle. Plus rien n’existait à ses yeux. Plus rien n’était important. L’angoisse s’approchait d’elle à grandes enjambées et ses pas de course ne lui permettaient pas de fuir aisément. Tout ce qu’elle voyait, tout ce qu’elle espérait, c’était cette simple porte à quelques pas de l’autel. Elle ne voyait rien d’autre. Plus rien n’existait à ses yeux.

Elle ne pourrait dire combien de temps cette course effrénée a duré. À peine quelques secondes, probablement, mais elle avait pourtant l’impression que chacun de ses pas l’éloignait un peu plus de son objectif. Elle paniquait. Elle n’avait plus le contrôle de ses émotions. Elle perdit même la maîtrise de ses jambes et de ses pensées. Peut-être avait-elle crié pendant tout son périple, mais elle ne s’en rendait plus compte. Tout ce qu’elle entendait à cet instant-là, c’était le battement déchaîné de son cœur et sa respiration qui se saccadait un peu plus à toutes les secondes. Elle paniquait. Elle ne pouvait rien faire d’autre.

Éreintée, elle entra dans le confessionnal et s’écroula contre le mur. De l’autre côté, un vicaire, caché par une grille métallique, n’esquissa pas le moindre mouvement en constatant le désarroi de la femme. Cette dernière attendit plusieurs secondes avant de prendre la parole, trépidant et reprenant son souffle dans un coin grugé par les ténèbres. Elle avait envie de tout abandonner et de mettre fin à ses jours, mais elle fut ramenée à la réalité par la voix du prêtre qui vint réverbérer dans l’isoloir. Sa voix était si rassurante, si réconfortante. Elle s’accrochait aux mots de son interlocuteur comme on s’accroche à la vie.
« Mon Père, j’ai péché contre Dieu et contre l’Église, j’ai péché contre les cieux et contre le Seigneur. Ma dernière confession remonte à quelques mois. J’ai besoin de votre absolution. » Le vicaire demeura silencieux longuement. À travers la grille, on aurait pu le voir faire un signe de la croix. « Parlez, ma fille, je vous écoute. » Elle voulut parler, mais ses pleurs lui coupèrent la parole.

Le prêtre, pour consoler sa tristesse, lui répéta que la confession était la meilleure issue pour mieux vivre. La femme, pour seule réponse, ne fit que sangloter de plus belle. Elle semblait si désolée, si désespérée. On aurait dit qu’elle était tombée dans un gouffre des plus profonds et que rien ni personne ne pouvait la faire émerger du néant. Et elle essaya une seconde fois, puis une troisième, vainement. Vint la quatrième tentative où elle parvint à articuler quelques mots.
« J’ai été vicié par le plaisir de la chair avant le mariage, mon Père. Je vis dans la contrition depuis le fâcheux moment… Je suis venu demander pardon, devant vous et devant Dieu. Je ne peux plus vivre dans cette culpabilité. » L’homme d’Église répondit par un silence complet. Elle comprit qu’il voulait plus d’explications. Entre deux soupirs accablés, mais cette fois-ci presque nuancés d’apaisement, elle continua : « Nous avions prévu nous marier bientôt, mais vint ce soir où les pensées et la morale de mon homme avaient été altérées par l’alcool. Je voulus résister, mais je ne pus demeurer bien impassible face au désir qui s’éprenait de moi. Je me suis laissé tenter et je le regrette. Je le regrette, mon Père, je le regrette. »

Il ne répondit toujours pas. De par la façon de parler de la femme et de par ses explications nébuleuses, il savait qu’elle avait volontairement oublié d’ajouter quelques palabres à sa litanie. Celle-ci hésita longuement, mais elle comprit qu’elle ne pouvait mentir à Dieu. Elle comprit que la seule issue à son chagrin était de tout étaler sans pudeur. D’une voix titubante, elle n’eut d’autre choix que d’admettre : « Je vous ai menti, mon Père… Cet homme n’était pas mon mari, ni même quelqu’un à qui je tenais par amour. Il n’était qu’un homme pour lequel j’éprouvais des convoitises charnelles très profondes et inavouées. Je suis marié, mon Père, mais pas avec lui. » Elle prit une grande respiration, comme si elle avait oublié de le faire depuis des heures. « Je crois que je porte un enfant… Un enfant illégitime, un enfant qui ne mérite pas une mère aussi infidèle et aussi ignoble que moi. »

Le vicaire poussa un soupir et quelques murmures qui firent transparaître toute la déception qui l’habitait. À l’écoute de cette réponse, la jeune femme s’écroula encore un peu plus, enfonçant sa tête dans le creux de ses mains. L’homme d’Église parla, mais les gémissements de la dame étaient si bruyants qu’elle n’entendit pas. Elle voulait mourir, abandonner, sombrer dans la résignation. Le chagrin qui l’envahissait était trop intense et trop insidieux pour qu’elle puisse s’en débarrasser aussi facilement. Elle avait commis des actes impardonnables. Et elle avait honte. Affreusement honte.

« Je ne peux pas le laisser. C’est plus fort que moi, je… » L’homme tomba à genoux. Il regardait le nouveau-né, emmitouflé dans une étoffe d’une grande infinie, mais tout ce qu’il voyait, c’était un triste linceul qui recouvrait comme un mort. Il ne pouvait pas l’abandonner. Il ne pouvait pas laisser cet enfant à quelqu’un d’autre. C’était le sien, après tout. « Nous en avions fait la promesse, Caïn, tu me l’as promis. J’ai porté des robes trop grandes et je n’ai pas quitté le manoir pendant neuf mois, crois-tu que je ne souffre pas moi aussi? J’ai porté cet enfant, mais il n’est pas légitime, tu le sais. Ma réputation… Tu imagines? On me traînerait à la boue si on apprenait à nouvelle. Mon blason serait souillé. Je ne suis pas prêt à prendre ce risque. » Caïn ferma les yeux. Il espérait que tout cela ne soit qu'un terrible cauchemar. « Pense à ta réputation, pense… Tu es un homme reconnu partout dans cette ville. Si on apprenait que tu t’es infiltré dans l’histoire d’amour d’un autre couple, en plus de propager ta misérable progéniture, tu perdrais tout. Ta réputation, ta fortune, ta gloire et ton futur. »

Réputation, gloire, fortune... Tout ces mots étaient futiles pour Caïn, qui décida de se recroqueviller dans un coin. Ne relevant même pas la tête pour contempler la femme qu'il avait désirée, il rétorqua : « N’as-tu donc aucun cœur, Jézabel? Cet enfant… Il est tien, il est nôtre! Ta réputation est donc plus importante qu’une vie humaine? Je ne comprends pas… Tu prends cette décision avec tant de détachement que j’ai l’impression que tout cela ne t’importe pas! » Jézabel se redressa et, comme pour montrer son désaccord, planta ses mains dans le creux de ses hanches. Caïn… Nous avions conclu un marché : ne pas tuer l’enfant – car j’en étais incapable, tu te souviens, en voilà la preuve que j’ai un cœur! – et le déposer chez les gitans. Ni vu, ni connu. Personne ne s’en apercevra. On oubliera, je… Et je ne peux garder cet enfant avec moi, tu sais très bien que je croulerais sur la culpabilité, lança-t-elle en un souffle. On survivra… On l’oubliera, on s’oubliera… On oubliera, je te promets. » Oublier... Ce mot sonnait faux à l'oreille de Caïn, qui se contenta de baisser le regarder encore un peu plus.

Il y eut un silence, un silence si complet, si désagréable, si saumâtre. Caïn regardait le sol en se disant qu’il ne pouvait se résigner à abandonner son propre enfant. Il en était incapable, comme si ce petit bout d’homme faisait partie intégrante de son être. En renonçant à sa garde, une partie de son esprit serait arrachée. Quant à elle, Jézabel regardait le père de son fils avec hargne. Elle était furieuse de voir qu’il brisait les promesses qu’ils avaient tous les deux construites. « Jézabel… Donne-moi l’enfant. Je m’enfuirai avec. » Elle laissa tomber la tasse de porcelaine qu’elle tenait dans sa main. « Tu… Tu en es sûr? » Caïn acquiesça en répétant : Donne-moi l’enfant. » Il voulut ajouter "immédiatement", mais ne voulut pas envenimer la situation.

Il emballa quelques effets personnels et prit l’angelot sans même l’accord de la mère. En quittant la maison, il lança un regard plein d’animosité et plein d’agressivité. Il ne comprenait pas la réaction de Jézabel, ni même comment elle pouvait abandonner après tout ce temps. Lorsqu’il traversa enfin le portique de la demeure, il tonna entre deux soupirs : « Un jour, tu comprendras que tu as fait une grave erreur. » Au moment où il fermait la porte, il s'arrêta. « Je l'espère. »

Dans l'espoir de trouver un endroit propice à l'éducation de son fils, Caïn traversa vents et marrées jusqu'à rejoindre des terres un peu plus calmes, des terres où les mauvais souvenirs n'existaient plus. Même s'il était considéré comme un homme respectable à Paris, il n'était finalement que l'héritier d'un noble qui, au bout du compte, ne possédait rien d'autre que les biens de son géniteur. Ainsi, le temps et le destin le portèrent jusqu'au Jardin Radieux, où il trouva refuge auprès d'un groupe de gitans. Bien que les bohèmes n'étaient pas particulièrement riches, ils pouvaient au moins offrir beaucoup d'amour et d'affection au jeune garçon qui grandissait chaque jour un peu plus. En tout, ils étaient plus d'une dizaine à vivre sur le même campement, à partager les vivres, à organiser les rations, à mettre en commun les effets personnels pour survivre. Après réflexions, Caïn préférait ce mode de vie plus calme, plus quiet, plus agréable. Il avait passé toute sa vie en vivant dans une utopie matérielle et, plus les années s'écoulaient, plus il se rendait compte à quel point il était bon de vivre avec rien.
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